Out le Roundup ?

La ministre de l’Écologie, a annoncé l’interdiction des glyphosates (substance probablement cancérigène) à la vente libre dans les jardineries. Une substance particulièrement utilisée dans l’herbicide Roundup de Monsanto. Enfin une ministre qui a le courage de s’attaquer au lobbying ?

©Segolene Royal
©Segolene Royal

Ségolène Royal a annoncé mardi 16 juin un nouvel amendement à la loi de transition énergétique qui interdira le glyphosate en vente libre à partir du 1er janvier 2016. Dimanche 14 juin, elle annonçait déjà la suppression de l’herbicide Roundup en vente libre, l’une des meilleures ventes de Monsanto, leader mondial de l’agrochimie. Cette décision fait écho à la demande de l’Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV) d’une étude approfondie sur l’un des composants de l’herbicide, le glyphosate.

«  La France doit être à l’offensive sur l’arrêt des pesticides« , a affirmé la ministre. Dans la continuité de cette action, Ségolène Royal, en collaboration avec le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a annoncé dans un communiqué une nouvelle réglementation dans l’accès aux pesticides. Ainsi, à compter du 1er janvier 2018, il sera imposé que « l’accès aux produits phytosanitaires pour les jardiniers amateurs ne puisse plus se faire que par l’intermédiaire d’un vendeur certifié et compétent en matière de lutte intégrée« .

Réel engagement ou coup de com’ ?

Une bataille « sans grand courage politique« , nuance François Veillerette, porte-parole de l’association Générations Futures. En effet, si la ministre de l’écologie annonce une interdiction des herbicides contenant du glyphosate en vente libre, les particuliers pourront continuer d’en acheter à condition de consulter un vendeur spécialisé. De plus, la mesure concernent uniquement les non-professionnels. « L’agriculture utilise beaucoup plus de glyphosate« , explique François Veillerette (39% des terres agricoles). A ce sujet, Stéphane Le Foll avait déclaré mercredi 10 juin ne pas vouloir interdire le glyphosate jugeant qu’il n’y avait pas « d’alternatives ».

Le Roundup, produit phare de la firme, est l’herbicide le plus vendu au monde et représente 40% du chiffre d’affaires de la multinationale. Très puissant et non-sélectif  (il détruit toutes les plantes), il contient du glyphosate, une substance classée « probablement cancérigène » par le Centre international de recherche sur le cancer, dernier stade avant « cancérigène certain ». « Le glyphosate est utilisé pour l’agriculture, la foresterie, les usages urbains et domestiques », relèvent les scientifiques démontrant que la substance est très présente dans notre environnement mais en petite quantité.

Le produit avait notamment créé la polémique en 1998, lorsque Monsanto a été condamné pour publicité mensongère. La firme a écopé d’une amende de 225 000 dollars et a dû retirer 75 mentions inexactes sur le bidon Roundup. Elle présentait son produit comme biodégradable et bon pour l’environnement. En réalité, l’herbicide dégraderait les sols. Une enquête d’Associated press en Argentine a également révélé les nombreux problèmes de santé des agriculteurs et de leurs familles face au Roundup.

Monsanto s’étonne de cette annonce

La réponse du géant américain ne s’est pas faite attendre. Dans un communiqué, la firme a expliqué que le glyphosate était présent dans 180 produits désherbants destinés aux amateurs. « À ce jour, absolument aucune nouvelle donnée scientifique récente ne permet de remettre en cause son autorisation ou ses conditions de commercialisation »,  affirme notamment la société en parlant de la substance. Pour rappel, le glyphosate a été homologué en 2002 par l’Union européenne. En France, 2000 tonnes de ce produit sont utilisées chaque année par les particuliers.

©Mike Mozart
©Mike Mozart

Le premier producteur de semences génétiquement modifiées (90% des ventes mondiales) n’en est pas à sa première polémique en Europe. Le 23 mai, des milliers de manifestants avaient protesté contre Monsanto et ses produits. Le lendemain, la Commission européenne donne le feu vert à l’importation de 17 OGM destinés à l’alimentation animale et humaine (dont 11 produits par Monsanto) ainsi que 2 œillets génétiquement modifiés. Une autorisation qui vaut pour dix ans dans toute l’Union européenne. La question est maintenant de savoir si ces OGM pourront être interdits par les États membres sur leur territoire. Pour l’instant, 75 OGM sont admis à l’importation. Seul un, le maïs MON810 de chez Monsanto, est autorisé à la culture en Europe (interdit en France).

Que pensez-vous de cette décision ? Peut-on se passer de Roundup ?

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Victoria Putz

Née dans la petite bourgade tranquille de Saint-Cloud, Victoria a vite aspiré aux voyages. Étudiante en journalisme et disciple de la presse écrite, elle roule sa bosse entre web magazines spirituels, culturels et généralistes. Après avoir passé deux mois à l’hebdomadaire TelQuel dans la très animée Casablanca au Maroc, elle entre à Néoplanète pour assouvir sa soif de culture environnementale.