Loi biodiversité :

Les ONG indignées par le vote des sénateurs

Yolaine de la Bigne vous a parlé mercredi sur LCI du projet de loi sur la reconquête de la biodiversité dont la seconde lecture du Sénat s’est clôturé la nuit dernière. Les sénateurs ont reculé en autres sur la taxation de l’huile de palme et les néonicotinoïdes, considérés comme nocifs pour les pollinisateurs. Tandis que notre partenaire la Fondation Nicolas Hulot « s’indigne de l’aveuglement des sénateurs », le collectif Semons la Biodiversité juge ce bilan « mitigé pour la biodiversité cultivée ». Le texte doit maintenant passer devant une commission mixte paritaire d’ici la fin du mois.

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Voici la réaction de la Fondation Hulot :

« Petites, rondes, bleu et toxiques mais les sénateurs en raffolent encore et toujours ? Les semences enrobées de pesticides néonicotinoïdes et plus généralement l’ensemble de ces substances risquent d’avoir encore de beaux jours devant elles. Hier soir, le Sénat a rejeté à une très large majorité l’interdiction totale de ces produits, malgré l’avis du gouvernement qui avait proposé de la repousser à 2020 dans une tentative de compromis. En lieu et place, les sénateurs veulent mettre en place une véritable usine à gaz pour une interdiction au cas par cas, usage par usage, confiée à l’ANSES. La Fondation Nicolas Hulot ne croit pas à l’efficacité de ce dispositif et s’indigne de cet aveuglement. Rappelons que les graves dangers sanitaires et environnementaux associés à ces substances sont scientifiquement avérés et que les alternatives existent déjà. Raisons pour lesquelles les députés avaient logiquement décidé de leur interdiction dès 2018. Le projet de loi va maintenant être renvoyé à une commission mixte paritaire (CMP). La Fondation Nicolas Hulot appelle la CMP à ne pas transiger sur le principe d’une interdiction totale en 2018 au plus tard, quitte à l’accompagner de dérogations temporaires pour des usages spécifiques sans alternatives existantes. »

Réaction du collectif Semons la Biodiversité :

« Après plus de deux lectures, la finalisation du projet de loi reconquête de la biodiversité approche. La seconde lecture du Sénat vient de se clôturer, certaines parties du texte encore incertaines seront discutées entre députés et sénateurs au sein d’une commission mixte paritaire (CMP).

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Une nouvelle victoire pour la biodiversité cultivée : l’interdiction de breveter les plantes et les animaux issus de sélection traditionnelle ainsi que leurs parties ou traits génétiques est votée dans les mêmes termes que l’Assemblée et donc définitivement actée. Les parlementaires répondent ainsi en partie à une dynamique citoyenne européenne qui a permis de réunir 65 000 oppositions dans un recours contre un brevet sur des tomates de la multinationale Syngenta.

Le Sénat a aussi proposé d’interdire l’extension de la protection des brevets à des parties de plantes cultivées ou d’animaux d’élevage déjà existants, mais malheureusement pas aux traits génétiques « natifs » des mêmes plantes ou animaux. Concernant les semences destinées aux jardiniers amateurs, les débats ont été vifs entre les sénateurs : finalement adopté, l’amendement gouvernemental autorise explicitement les échanges entre jardiniers amateurs de semences n’appartenant pas à une variété du catalogue, mais ne dit rien quand à la possibilité de les commercialiser ! L’Assemblée Nationale ne s’étant pas encore prononcée sur ces deux nouveaux articles, c’est la CMP qui doit encore décider de leur sort.

Plusieurs sujets, touchant à la biodiversité cultivée, n’ont pas été abordés lors de cette seconde lecture : l’interdiction des Variétés Rendues Tolérantes aux Herbicides (VrTH), que Mme Royal avait il y a un an promis de rediscuter en deuxième lecture, a été « oubliée ». Le sujet brûlant des nouveaux OGM a lui aussi été soigneusement évité alors que plusieurs associations de la société civile1 alertent le gouvernement sur la gestion de ce dossier depuis plusieurs mois.

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Sur les insecticides néonicotinoïdes, les sénateurs ont pour la deuxième fois refusé de les interdire. Nos organisations dénoncent avec colère le vote d’un Sénat qui a préféré se retrancher derrière l’ANSES pour éventuellement interdire à partir de juillet 2018, uniquement au cas par cas, sur telle ou telle culture, ces molécules dévastatrices pour la biodiversité. Nos organisations demandent clairement que lors des prochaines étapes, nos parlementaires prennent leur responsabilité et votent définitivement une interdiction ferme de ces produits. »

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.