Olympe de Gouges : une féministe en avance sur son temps

Une bande dessinée retrace la vie extraordinaire de la première féministe de l’histoire, Olympe de Gouges, née en 1748 à Montauban.

« Olympe de Gouges se pose des problèmes forts qui, à son époque, sont pratiquement ignorés : les droits des femmes et le combat anti-esclavagiste bien sûr, ses thèmes les plus connus, mais aussi des questions comme l’accueil des pauvres, les asiles pour femmes, le traitement des orphelins, la question du divorce… C’est tout l’intérêt du personnage : elle cristallise dans sa personne énormément d’idées progressiste de son temps », explique le scénariste de la BD, José-Louis Bocquet.

400 planches en noir et blanc permettent de découvrir les 45 ans de vie de cette femme hors normes, à l’origine de la lutte pour les droits des femmes.  Trois ans de travail ont été nécessaires pour achever cette œuvre d’une grande rigueur historique.

Provinciale, libertine et républicaine

Née Marie Gouzes dans une famille bourgeoise de Montauban en 1748, la rumeur veut qu’elle soit la fille adultérine d’un dramaturge à particule. A 18 ans, la jeune femme est mariée à un traiteur parisien, Louis-Yves Aubry, officier de bouche de l’Intendant. Quelques mois plus tard, et peu avant que son mari ne décède, elle donne naissance à un garçon, Pierre.

Une fois veuve, Marie Gouzes décide de vivre librement, monte à Paris, et se fait appeler Olympe de Gouges. Dans la capitale, cette femme de lettres, libertine et républicaine, côtoie les grands noms de l’histoire : Voltaire, Rousseau, Mirabeau, Lafayette, Benjamin Franklin, Philippe Egalité, Condorcet, Théroigne de Méricourt, Desmoulins, Marat, ou encore Robespierre. Elle se rend également célèbre avec sa pièce de théâtre anti-esclavagiste, Zamor et Mirza, inscrite au répertoire de la Comédie Française en 1785.

Extraits de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

En 1791, Olympe de Gouges rédige une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne dans laquelle elle demande l’égalité entre les sexes et le droit de vote. En voici quelques extraits :

Article premier : « La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

Article 6 : « La loi doit être l’expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents. »

Article 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même fondamentales, la femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la loi. »

Une femme oubliée

Cette femme extraordinaire, morte guillotinée à Paris le 3 novembre 1793, est pourtant restée longtemps dans coulisses de l’Histoire. « L’Histoire est écrite par des hommes… Olympe ne s’entendait pas avec ceux qui sont devenus les mémorialistes de son époque, à commencer par Restif de la Bretonne, dont les travaux ont nourri une bonne part de l’histoire moderne au XIXe siècle. Et puis, elle n’était pas une « femme de » – contrairement, par exemple, à Madame de Condorcet, l’une de ses proches. Son indépendance et sa liberté ont été, paradoxalement, la source d’un certain isolement. » déplore Catel Muller, la dessinatrice de l’ouvrage, qui rend dans cette BD un brillant hommage à cette femme et à son époque.

Olympe de Gouges

Dessin : Catel Muller ; Scénario : José-Louis Bocquet

Editions Casterman écritures 24 €

http://bd.casterman.com/

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