L’officieux inspecteur des poubelles prépare une révolution

89,9 kilos par an, c’est la quantité moyenne d’aliments que jette chaque français. Au total 5,9 millions de tonnes de denrées sont jetées tous les ans.  Tristram Stuart, écolo convaincu et convainquant, veut changer nos habitudes. Portrait de celui qui met la tête dans nos poubelles.

5102580166_065fd93a77_oL’homme aux mille casquettes n’a pas peur de se salir les mains. Cet auteur et historien british est freegan : il se nourrit dans les poubelles des supermarchés. Il se déplace uniquement à vélo et organise des conférences pour sensibiliser les citoyens du monde entier au gaspillage. Il promet d’arrêter de fouiller les ordures le jour où le gâchis sera éradiqué. Engagé et optimiste, le révolutionnaire reste réaliste. Pour lui, certaines pertes sont inévitables. Notre rôle à chacun est simplement de les limiter au maximum.

Engagé dès le berceau

Digital CameraTristram Stuart, fils d’instituteur, grandit dans le Sussex, un comté situé au sud de Londres. Comme beaucoup de jeunes, il fréquente assidument le McDo local, jusqu’au jour où il découvre la composition de l’emballage de son burger. Les chlorofluorocarbures (CFC), gaz fluorés considérés comme cancérigènes et coresponsables de la destruction de la couche d’ozone, y sont bien présents. Il décide alors d’écrire au patron du fast-food et l’informe qu’il ne fréquentera plus son restaurant tant que les boîtes de burgers ne seront pas modifiées. Il a alors à peine dix ans. L’écolo des poubelles est né. Quand quelques semaines plus tard, la chaîne supprime le gaz en question de ses emballages, Tristram pense alors que c’est grâce à sa lettre.

Tout est bon dans la gamelle du cochon

DiscoSoup Brest 2013Cette aventure renforce ses convictions naissantes et lui permet de passer à l’étape suivante. Tristram Stuart fait alors le tour des commerçants de sa ville pour récupérer les invendus et les aliments qui s’apprêtent à être jetés. Ce petit trafic lui permet de nourrir ses cochons puis de revendre la viande pour se faire « un peu d’argent de poche ». Très vite, il découvre que ces produits destinés à la poubelle conviennent autant à l’alimentation de ses animaux qu’à la sienne. « Alors que mes parents achetaient du pain industriel, ils (les cochons) étaient nourris des restes de pain du boulanger du village. Un jour, j’ai goûté et pris depuis tous mes petits déjeuners avec mes cochons. »

DiscoSoup Brest 2013-Gudrun, sa truie domestique dont il mange les bébés, est avec lui depuis son quinzième anniversaire. Ecolo mais pas végétarien pour autant, il milite pour la dégustation des abats que nos sociétés occidentales ont l’habitude de snober. « Le foie, les poumons, la tête, la queue, les reins, les testicules, tous ces aliments qui sont des parties délicieuses et nutritives de notre gastronomie vont à la poubelle. »

Miss courgette recalée

imagesIl n’y a pas que les animaux que l’on gâche. Les fruits et les légumes qui se retrouvent dans nos frigos semblent devoir passer un concours de beauté avant de finir dans nos estomacs. C’est pourquoi Tristram veut éveiller les consciences. « Mon but est de faire en sorte qu’il n’y ait plus rien de consommable dans nos poubelles. »

L’auteur british crée à Londres en 2009 le Feeding the 5 000. Il persuade deux supermarchés de récupérer les légumes déformés et organise un immense déjeuner gratuit à Trafalgar Square pour 5 000 Londoniens. Il chasse aussi le gaspillage grâce au mouvement No Waste, donne des conférences aux Nations-Unies ou rencontre Guillaume Garrot, notre ministre de l’Agroalimentaire. Il y croit et ne se laisse pas démonter. Ce qui lui donne envie de continuer ? « Un milliard d’êtres humains souffrent de malnutrition et pourtant, un tiers de la production mondiale de nourriture est jeté. »

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Barbara Krief

Journaliste pour Le Plus de L'Obs, Barbara Krief continue d'écumer les festivals engagés pour Néoplanète. Retrouvez-la sur Twitter @KriefB.