Nouvelle alerte climatique : nous n’aurons pas le temps, pas le temps…

credit : pixabayAttention à l’excès de vitesse : ne pas dépasser un réchauffement de + 2°. C’est le dernier cri d’alerte des experts internationaux du climat (le GIEC) dans un rapport de 30.000 pages, le plus complet depuis 2007. Il considère le changement climatique comme une certitude à presque 100%.

Et si nous dépassons ce fameux seuil, attendons-nous au pire : des conséquences irréversibles et des impacts très graves sur les populations et les écosystèmes, comme l’a expliqué dimanche à Copenhague le président du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), Rajendra Pachauri.

Il nous reste « peu de temps » pour bien faire, selon M. Pachauri, qui a exhorté une nouvelle fois les gouvernements à passer à l’action afin de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70% entre 2010 et 2050 pour y mettre un terme en 2100. « Peu de temps », cela veut dire quelques années, d’ici à 2020.« Plus nous attendons pour agir, plus ça coûtera cher », assène le GIEC.

credit : wikipediaLa conclusion du rapport est très claire : les activités humaines, notamment l’usage des énergies fossiles, a conduit à une hausse exceptionnelle de la concentration des gaz à effet de serre transformant le climat à un rythme jamais vu par le passé. Alors ?

  • Comment faire alors que les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère n’ont jamais atteint un tel niveau depuis … 800.000 ans, selon le même rapport ?
  • Comment faire alors qu’on sait que le thermomètre a déjà pris un degré depuis un siècle ?
  • Comment faire alors qu’on sait déjà qu’on va dépasser ce seuil de +2 degrés avant 2050 pour atteindre + 4°C à la fin du siècle (y compris en France) ?
  • Comment faire alors que les Etats continuent à distribuer tous les ans 500 milliards aux énergies fossiles au lieu de privilégier les énergies renouvelables ?
  • Comment faire alors que la déforestation ne ralentit pas ?
  • Comment faire sans une fiscalité climatico-écologique qui encourage les pratiques qui vont dans le bon sens et pénalise celles qui aggravent le réchauffement ?
  • Comment faire pour réorienter ces investissements qui accompagneront « croissance démographique et urbaine » ? (dixit l’économiste Nicholas Stern)
  • Comment faire si on n’aide pas les pays pauvres les plus vulnérables ?
  • Comment faire pour que les politiques comprennent enfin une urgence qui semble les dépasser ?
  • Comment faire enfin pour que nous agissions tous, chacun à son niveau ?

 

credit : pixabayAurons-nous le temps et le courage d’agir pour éviter l’inéluctable ? Oui, peut-être, à condition de sortir des mesurettes qui donnent bonne conscience et de comprendre qu’on ne peut pas céder aux « Bonnets rouges » au printemps et au lobby des transports routiers à l’automne : l’écotaxe était un des outils essentiels de lutte contre le changement climatique, un outil si vite mis au placard. Cela n’a pas empêché la France d’appeler dimanche à « une mobilisation universelle et immédiate » alors même que les négociations internationales en cours à Bonn piétinent.

Ce cinquième rapport du GIEC servira de base scientifique pour les prochaines négociations qui aboutiront à la conférence de Paris fin 2015, laquelle doit décider de l’avenir de la politique climatique mondiale.

 

(*) Cette évaluation globale de l’état des connaissances sur le changement climatique est la plus complète jamais réalisée : après le passage en revue de 30.000 études scientifiques, il a été rédigé par 2000 experts (climatologues, économistes, etc.) et soumis à la critique de 2000 relecteurs de 195 pays.

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.