Nothomb, la belle nature d’Amélie

C’est dans son micro-bureau des éditions Albin Michel que ce phénomène de la littérature française a accueilli Néoplanète. Une sympathique rencontre. On savait notre Amélie brillante, flamboyante, excentrique, exubérante, parfois un brun gothique, on ignorait qu’elle possédait en plus une âme verte. Oubliez les mises en scène hémoglobineuses et macabres qu’elle affectionne tant. Désormais, ce n’est plus du sang qui coule dans les veines de Miss Nothomb mais bel et bien de la chlorophylle !

© Jean-Baptiste Mondino

Sur la couverture de « Néoplanète », nous vous voyons chère Amélie enlacer langoureusement un tronc d’arbre. Quel plaisir avez-vous ressenti dans cette étreinte humano-végétale ?

(rires). Je vais vous faire un aveu. Cela fait énormément de bien de serrer un arbre dans ses bras. On en prend encore plus conscience en regardant « 2046 ». (Ndlr : un chef d’œuvre signe  Wong Kar-Wai. L’histoire d’un écrivain peu inspiré qui tente de terminer un roman de science-fiction, situé en 2046. Pour cela, il se remémore les femmes qui ont traversé sa vie).
Quand le héros de ce film a un gros chagrin, il s’empresse d’aller le confier à un arbre. L’arbre est un confident sûr. De part son statut, vous avez la garantie qu’il n’ira jamais répéter vos secrets. Bref, on se sent aidé. Enfin, un appui sur lequel on peut compter…

Avez-vous entendu parler de l’écopsychologie ? Beaucoup de gens qui vivent dans le béton des villes affirment qu’après une promenade dans les bois, ils se sentent beaucoup mieux. Le contact avec la nature leur permet de mieux ventiler leurs poumons, d’évacuer leur stress et l’écoute des oiseaux de renouer avec leurs racines.

J’ignorais que cela existait. Je suis donc une adepte de l’écopsychologie sans le savoir…

Au quotidien, vous êtes plutôt une Amélie des villes ou une Amélie des champs ?

Cela peut paraître paradoxal vu ce que je viens de dire mais je suis une citadine. Les aléas de ma vie me l’imposent. Je n’ai pas trop le choix. Je suis un écrivain pas du tout inaccessible donc lorsqu’on n’est pas inaccessible, il vaut mieux être en ville.  A plus forte raison à Paris ou à Bruxelles. J’aime beaucoup la folie citadine mais une fois par an, c’est une nécessité biologique absolue,  je ressens le besoin de disparaître dans ma forêt en Belgique. Les gens savent alors que du 18 juillet au 18 août, je suis totalement injoignable. C’est là, au milieu des arbres que je vis exactement le contraire de ce que je vis toute l’année. Il n’y a personne autour de moi. Si ce n’est cette végétation dense.

L’intellectuelle que vous êtes se transformerait donc en ermite ?

Complètement !  J’y vais aussi l’hiver et là, la métamorphose est complète. Durant l’été, je m’habille en homme des bois. Je ne me coiffe plus. A telle enseigne qu’à la fin de ma retraite volontaire je retrouve des feuilles mortes dans mes cheveux. Que voulez-vous, j’ai pris l’habitude de me coucher par terre, dans des clairières. C’est si charmant. Je ne vois rien d’ailleurs de plus ressourçant que de vivre ainsi. En ville, je ne pratique jamais la sieste. Sauf dans la forêt. La qualité qu’on a en dormant, là, à même la terre est incroyable ! On dépose sa fatigue dans ce sol et en échange cette terre vous donne quelque chose !  On appelle cela la paix intérieure !

Cette nature-là vous inspire-t-elle quelque part dans la rédaction de vos œuvres ?

Oui ! Même si ce n’est pas flagrant quand on me lit ! Le seul de mes livres où l’on voit la nature intervenir c’est dans « Ni d’Eve, Ni d’Adam » lorsque j’évoque mes excursions dans la montagne ! Cela étant, même si la nature n’intervient pas directement dans mes livres, je dois dire que j’écris avec une autre énergie quand je reviens de ma forêt ! C’est un peu comme Anthée,  fils de Poséidon et de Gaia, la terre mère. Géant, il défiait les étrangers dans des luttes inégales pendant lesquelles il reprenait des forces chaque fois qu’il touchait la terre natale. Certes, la Belgique n’est pas tout à fait mon sol natal car je suis née au Japon, mais vous me pardonnerez si je pars du principe que le plat pays est par intransitivité mon sol natal.

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…