Norvège: alerte au saumon toxique !

Femmes enceintes, jeunes enfants et adolescents allez-y mollo sur l’Oncorhynchus gorbuscha ! C’est la ligne directrice de la nouvelle recommandation du gouvernement norvégien sur son saumon d’élevage qui se révèle être aussi gras que toxique.

3191883_da59af55Une honnêteté soudaine provoquée par l’alerte lancée par le journal « VG » sur les dangers sanitaires de ce poisson élevé de façon hyper-intensive. Pour la première fois, le gouvernement n’a pu garder le silence. Les polluants retrouvés dans le saumon d’élevage pourraient avoir une incidence négative sur le développement du cerveau. Pire encore, ces polluants sont associés à l’autisme et à l’hyperactivité. Nos défenses immunitaires seraient elles aussi menacées, comme notre système hormonal et notre métabolisme.  Principal coupable : un insecticide, le diflubenzuron (*).

PierradeEn 2012, la Norvège a produit 60% du saumon atlantique d’élevage soit 1,2 million de tonnes de ce poisson. Un business qui rapporte 29 milliards de dollars par an, grâce aux exportations, qui représentent une grande part de l’économie du pays derrière le pétrole.

Plus que soudaine, cette mise en garde officielle est encore discrète. En témoignent les bons conseils qu’on peut toujours lire sur le site officiel des poissons de Norvège : « Les poissons gras comme le saumon, le hareng et le maquereau sont de bonnes sources d’acides gras oméga-3 marins et de vitamine D en particulier. » Ou encore « les femmes enceintes peuvent manger des sushis en toute sécurité. La grande majorité des sushis sont à base de saumon, un poisson riche en acides gras oméga-3 marins« .  Aujourd’hui, pour les oméga-3, autant se tourner vers le maquereau et le hareng, deux poissons sauvages bien moins coûteux.

Atlantischer_Lachs On comprend cette frilosité à répandre la mauvaise nouvelle au delà des frontières.   Surtout quand on sait qu’un Français consomme en moyenne 2,3 kilos de saumon norvégien par an. Les chiffres font peur : en 2012, notre pays en a importé 161 175 tonnes. Pour faire simple, nous consommons environ 15% de la production du pays nordique, ce qui fait de nous les premiers importateurs du marché.

 

La Russie qui avait interdit toute importation de saumon norvégien d’élevage en 2006, avait vu juste. Des chercheurs américains prévenaient également qu’il ne fallait pas manger de ce fameux poisson, plus de trois fois par an.  Le Comité scientifique pour la sécurité alimentaire du pays incriminé recommandait en 2006 de ne pas consommer  de poisson gras plus de deux fois par semaine. L’agence norvégienne de la Santé, ballottée entre profit et morale,  avait choisi la politique de l’autruche. C’est ce que déplorait la semaine dernière Dagbladet, troisième plus gros quotidien en Norvège.

Mangez au moins cinq fruits et légumes par jour, un peu de lasagnes de cheval le midi et une tranche de saumon toxique à l’apéro. Entre santé et business, il faut choisir.

(*) Les élevages de saumons dans les fermes aquacoles se font dans de telles conditions de concentration qu’il a fallu avoir recours à des antibiotiques. Ceux-ci étant devenus inopérants, on utilise du diflurobenzon, un pesticide interdit en Europe dans les milieux aqueux.

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Barbara Krief

Journaliste pour Le Plus de L'Obs, Barbara Krief continue d'écumer les festivals engagés pour Néoplanète. Retrouvez-la sur Twitter @KriefB.