Nage en eaux troubles

La chronique de la biodiversité de Gilles Bœuf issue du magazine Néoplanète n°26 (février 2012).

Aujourd’hui, plus de 70 % de la surface de la Terre sont recouverts par les masses océaniques. Et pourtant, la diversité spécifique reconnue dans les océans ne dépasse pas 13 % de l’ensemble des espèces vivantes actuelles décrites (235000 pour 1,9 million). Ceci peut être lié à deux raisons. 

D’une part, c’est notre méconnaissance des zones profondes et des micro-organismes, bactéries et micro-algues. Les nouveaux moyens, tels que le couplage entre des méthodes de tri de cellules et l’usage des sondes moléculaires (mettant en évidence un organisme avec une grande spécificité), permettent aujourd’hui de découvrir une extraordinaire diversité biologique inattendue. Le « séquençage de mers » (séquençage de tout l’ADN dans un volume d’eau de mer filtrée) va dans le même sens: 80 % des données obtenues apparaissant inconnues. D’autre part, il est probable que les écosystèmes marins et le mode de vie dans un milieu continu des espèces qui les peuplent prédisposent moins à l’endémisme strict (le fait de ne vivre que là, et nulle part ailleurs) que dans les biotopes terrestres. Il existe beaucoup plus de barrières et d’isolats favorables à la spéciation sur terre qu’en mer. Par ailleurs, les espèces de petite taille sont plus répandues que les grandes, plus sujettes à des barrières géographiques : ainsi, on trouve des cyanobactéries, bactéries et petites cellules à noyaux (levures) dans tout l’océan.

Des événements déterminants pour la biodiversité

La formation de la Terre date de 4600 millions d’années (MA). La vie est apparue dans l’océan ancestral, finalement assez rapidement, vers 3850 millions d’années. C’est là que se sont produits des événements déterminants pour le vivant et la biodiversité : 1/ l’apparition de la cellule à noyau (qui va être à l’origine des animaux et des plantes), 2/ la capture de bactéries ambiantes qui permettront à ces cellules de créer de l’énergie ou de la photosynthèse, 3/ l’apparition des pluricellulaires qui vont se grouper pour former des organismes comme des plantes, des animaux ou des hommes. Mais surtout, c’est l’apparition de la sexualité qui se révélera si importante pour l’explosion de la biodiversité car elle va créer des organismes vivants différents. C’est la vraie nouveauté : chaque création sur la Terre sera unique !

Gille Boeuf est Professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie – Observatoire d’océanologie-Laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer–Président du Muséum national d’histoire naturelle de Paris 

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