Miel contaminé : vous reprendrez bien un peu de plastique !

Abeilles_et_ruches_ crédit wikipédiaOn savait que le miel pouvait être soumis à toutes sortes de trafics, comme l’addition de sirop de sucre pour faire bon poids. Mais imaginait-on qu’il pouvait être agrémenté de microparticules de plastique comme de vulgaires moules qui ingèrent des plastiques en filtrant l’eau de mer ?

C’est pourtant ce que démontre un test du mensuel de l’INC « 60 millions de consommateurs » dans son numéro d’octobre. Les douze miels testés contiennent tous, à des degrés divers, des ‘microplastiques’ de moins de 5 mm, sous forme de fibres, de fragments ou de granules, le plus souvent en polyéthylène (*). Les quantités de ces microparticules, identifiées grâce à un colorant qui se fixe uniquement sur la matière organique, varient pratiquement de 1 à 4. Les miels français et les bio sont les moins contaminés (74 particules), les pires (hors CE) atteignant 265 particules.

D’où viennent ces corps étrangers dans des miels dont on connaît la valeur thérapeutique ?

Selon une étude allemande qui est parvenue aux mêmes résultats que « 60 millions », il s’agirait d’abord d’une pollution environnementale, détectée dans l’eau de pluie, dans l’air et même dans les fleurs. Les abeilles rapporteraient donc à la ruche ces petits bouts de plastique avec le pollen récolté et on le retrouverait alors logiquement dans le miel. Le mode de production et de conditionnement du miel (polystyrène pour isoler les ruches, pots en plastique …) pourrait également être en cause. On peut aussi penser à la dégradation de plastiques plus volumineux.

Polyethylene crédit wikipédia

Quant à l’impact sanitaire, il reste inconnu mais on sait que ces plastiques peuvent contenir des substances chimiques agrémentées, par exemple, de perturbateurs endocriniens. On peut aussi craindre l’effet « cocktail » avec d’autres contaminants.

Le mensuel rappelle que ces microplastiques sont très présents dans la mer et qu’ils contaminent les moules, les huîtres et s’accumulent dans l’appareil digestif des poissons. Des microbilles de polyéthylène sont aussi présentes, cette fois de façon volontaire, dans les cosmétiques, produits de gommage, exfoliants ou dentifrices pour en renforcer l’efficacité. Cette incorporation (non affichée) a été reconnue par les grands groupes de cosmétiques. Certains ont déjà supprimé ces « additifs » et les autres ont dit vouloir s’en priver d’ici fin 2015.

« Si l’incertitude demeure quant aux risques pour l’homme, cette contamination fait craindre une vaste contamination de l’environnement. A force de produire sans réserve des plastiques et de les déverser dans la nature, leur consommation inconsidérée est peut-être en train de se retourner contre nous, comme un effet boomerang »,  conclut le mensuel de l’Institut national de la consommation.

(*) Le polyéthylène est un des plastiques les plus utilisés dans le monde et le plus ancien (1898), se prêtant à des utilisations multiples. Il est obtenu par polymérisation de l’éthylène issu du raffinage du pétrole. Il est recyclable… à condition de le récupérer.

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.