Mathilde Harvey s’engage pour preserv’eau

Laisseriez-vous votre maison être le cobaye d’une association ? Pas si sûr. C’est pourtant ce qu’ont accepté 100 foyers du pays de Fougères (35) en laissant La Passiflore, association écologique créée en 1981, relever leur compteur et analyser leur consommation d’eau. Portée par Mathilde Harvey, animatrice du comité de pilotage du projet Préserv’eau, l’initiative a été récompensée par le Prix des Femmes pour le Développement Durable 2010 de Mondadori France, permettant à l’association de remporter 10 000 euros ! Rencontre avec l’heureuse lauréate de 34 ans, docteur vétérinaire spécialisée en gestion de l’eau.

Le magazine Pleine Vie vous a décerné ce prix. Quelle belle reconnaissance !

Effectivement. Ce prix a valorisé notre projet dans toute la France mais a aussi été l’occasion de diffuser des pratiques simples et efficaces pour préserver l’eau. Nous sommes convaincus qu’il est plus efficace de s’approprier à son rythme des techniques d’économie plutôt que de tenter de réduire brutalement sa consommation en période de sécheresse, moment où l’on a souvent envie d’une douche ou d’arroser son jardin !

En quoi Préserv’eau s’inscrit-il dans ces « bonnes pratiques » ?

Les foyers qui se sont engagés dans le projet devaient relever leur compteur d’eau en témoignant de leurs gestes ou matériels destinées à limiter leur impact sur la qualité et la quantité d’eau. Le but était d’étudier leur consommation d’eau pendant un an. Accompagnés par les familles, nous avons aussi pu élaborer un catalogue de leurs gestes, disponible sur le site de l’association.

Comment a commencé votre engagement dans cette association ?

J’ai pris contact avec La Passiflore dès mon arrivée à Fougères. Après plusieurs années en région parisienne, où il m’a été difficile de m’impliquer concrètement, je me suis sentie immédiatement en phase avec cette petite association de terrain très active. J’avais repérée son existence sur Internet, et je n’ai pas tardé à rencontrer ses adhérents, actifs ou simplement convaincus.

Le projet Préserv’eau a-t-il été difficile à mettre en place ?

Trouver des foyers volontaires n’a pas toujours été simple car beaucoup pensaient qu’on leur demanderait de réduire leur consommation d’eau, ce qui était un pas supplémentaire pour ces foyers déjà sensibilisés et plus économes que la moyenne locale. Mais ils devaient « seulement » témoigner de leur consommation et de leurs pratiques. Au final, 80% d’entre eux ont encore réduit leur consommation, parfois de plus de 30% ! Une autre difficulté a été de convaincre certains partenaires locaux, responsables de la production d’eau potable. Les investissements dans ce domaine sont colossaux et il est délicat pour ces gestionnaires d’envisager une diminution de la consommation. Mais de toute façon les Français sont depuis quelques années dans une dynamique de diminution de leur consommation.

Parce que préserver l’eau est essentiel…

Bien sur, l’eau est une force vitale ! Elle est indispensable et omniprésente dans nos vies, dans nos gestes et notre confort quotidien, bien au-delà de l’hygiène. L’eau est plus indispensable que l’oxygène à la vie. Les humains mouraient plus vite d’une privation d’oxygène que par déshydratation, mais le monde vivant sait exploiter d’autres supports pour sa respiration, notamment le soufre dans les écosystèmes des grandes profondeurs, proches des dorsales marines. Et au nord comme au sud l’accès à l’eau, en quantité mais aussi en qualité, constitue un enjeu de société majeur. Elle peut être au centre de véritables tensions économiques et politiques.

A ce sujet, que pensez-vous des problématiques de gestion de l’eau au niveau mondial ?
Dans les pays du sud, l’accès à l’eau et son assainissement sont des sources d’inégalités entre citoyens. Les femmes sont souvent conduites à renoncer à l’école simplement parce que les puits sont à plusieurs heures de marche du foyer. L’eau de pays en situation de stress hydrique est parfois captée indirectement par d’autres pays, notamment par l’importation de tomates, haricots verts, agrumes et autres fleurs. Ces systèmes de production impactent les ressources superficielles et souterraines utilisées par les populations. Il reste donc beaucoup à faire, en privilégiant l’autonomie des populations en matière de construction voire de conception… ce que font des associations spécialisées comme Eau-vive ou Toilettes du monde.

 

La Journée mondiale de l‘eau est donc une bonne occasion de valoriser ce type d’action…

Bien sûr ! Elle met en lumière les actions les plus efficaces, même si ce ne sont pas les démarches les plus photogéniques : une économie d’eau est plus difficile à prendre en photo qu’un gaspillage ! Le 22 mars est aussi l’occasion de sensibiliser tout un chacun à sa capacité à agir : même si les économies que nous réalisons ici n’augmentent pas les quantités d’eau disponibles là où elles manquent le plus sur la planète, elles protègent nos propres ressources et nous rendent solidaires par le geste… et c’est déjà bien !

Est-ce un message que vous souhaitez transmettre par votre action ?

Oui. Nous sommes in fine les meilleurs acteurs des changements que nous souhaitons voir arriver. Un petit geste isolé peut paraître dérisoire, mais de nombreux gestes font effet de levier pour diminuer la consommation et l’impact des rejets sur l’eau. Notre association a acquis une certaine expérience des dynamiques de changement de comportement : ensemble, l’effort modeste d’adoption d’un nouveau geste se transforme en habitude. Nous réfléchissons trop rarement aux raisons qui nous poussent à vivre d’une manière, alors qu’il y a d’autres façons de faire ou de satisfaire un besoin. C’est par l’ouverture aux autres et l’échange que l’on s’offre la possibilité d’évoluer.

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