Matali Crasset : la nature comme terrain de jeu

Quoi de plus normal pour Matali Crasset de faire partie du jury officiel du Fife 2015 ? Après une enfance marquée par une nature omniprésente, la célèbre designer française Matali Crasset, qui invite à une éco-retraite dans le désert tunisien, explique son engagement et les valeurs qu’elle partage avec le Festival international du Film d’environnement. Un rendez-vous à ne pas manquer en Ile-de-France du 3 au 10 février. 

Matali Crasset crédit photo Fife - Simon Bouisson

Qu’est-ce qui vous a amené à accepter de faire partie du jury du Fife 2015 ?

Il y a un double intérêt. D’abord, j’aime découvrir tout ce qui a trait à des projets innovants. Avec, ici, le prisme de l’environnement qui me tient très à cœur. J’attends d’être surprise par des démarches globales, des notions de vie. Pas des films qui édictent des règles, mais un regard spécifique, singulier. Ce qui nous manque, ce sont des petits conseils quotidiens. On ne peut pas adhérer à une cause si on n’a pas en même conscience que c’est attaché à notre vie, que celle-ci en dépend. Il faut avoir cette vision globale.

Qu’attendez-vous de ce festival ?

J’arrive avec un regard large, ouvert. J’aimerais bien défendre des films qui montrent de nouvelles logiques, des projets qui privilégient une cohérence entre la forme et le fond. Avec un angle qui soit positif aussi, parce qu’on a besoin de ça pour s’approprier les défis liés à l’environnement et avoir envie de communiquer ces messages à d’autres.

Dans votre activité, vous vous projetez régulièrement dans le futur. Quel avenir voyez-vous pour l’environnement ?

Je ne fais pas de prédiction avec l’environnement mais je l’intègre à mon travail. Par exemple, avec le projet Le vent des forêts, ou encore la rénovation d’une école en Bretagne avec la Fondation de France. C’est un projet global pour une école qui devait fermer, et qui mêle art, environnement – le bâtiment est à énergie passive – et aspect social. C’est une manière de passer à l’action, de montrer que ces trois aspects peuvent cohabiter dans une dynamique positive.

Matali-Dar-Hi-Books-crédit-photo-Jérôme-SPRIETVos parents étaient agriculteurs dans un petit village de la Marne. Dans quelle mesure cela a influencé votre rapport à la nature ? À quoi ressemblait votre enfance ?

J’ai passé mon enfance à jouer dehors. La nature a été pour moi mon terrain de jeu, le lieu où tout était possible. Un jour, des bouts de bois pouvait servir à fabriquer une cabane, le lendemain ils devenaient autre chose. Cela a été une éducation qui m’a montré que l’on pouvait agir sur son environnement, le qualifier, et décider de ce qu’on allait en faire. Chacun peut avoir une emprise sur son environnement. Cela vous fait prendre conscience des choses : ce qu’on fait dans la nature des conséquences.

Quel regard porte votre famille sur la nature ?

Mon père adore la nature, mais c’est un rapport non formulé, intuitif. Mon petit frère qui a repris la ferme familiale, lui, développe l’agriculture raisonnée. Il ne va pas jusqu’au bio car dans ce coin, il y a peu de terre et beaucoup de craie. La terre a donc besoin d’un apport en engrais. Or, c’est une campagne céréalière dédiée à l’agriculture intensive, et ce n’est pas facile de tout faire en bio. Mais en une génération, on voit déjà le chemin parcouru.

Ne ratez pas la 32ème édition du Fife qui projette 101 films et 20 webdocumentaires au Cinéma des cinéastes (Paris) et dans 15 salles partenaires. Au programme également : de nombreuses rencontres et deux grands débats en vue de  la  conférence  mondiale Paris Climat  2015, à suivre dans notre dossier spécial COP21

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