Marion Cotillard comme vous ne l’avez jamais vue

NEO 5Nous étions les premiers à publier une interview sur les convictions écologiques de Marion Cotillard dans le NEOPLANETE de septembre dernier. A l’occasion de la sortie de Public Enemies, relisez (toujours avec autant de plaisir) l’interview dans son intégralité !

Il y a l’actrice Cotillard, celle qui fait tourner les têtes, de Paris à Hollywood. Celle qui rayonne dans Public Enemies de Michael Mann aux côtés de Johnny Depp et de Christian Bale. Le film sort mercredi prochain, le 8 juillet. Elle y est encore une fois tout simplement parfaite.
Mais il y a également Marion l’engagée, pour le bio, le commerce équitable, l’environnement. Sans cinéma. C’est frais, c’est vrai. Et elle ne regrette rien !

Photos : Peter Mountain / Public Enemies – © 2009 Universal Studios. ALL RIGHTS RESERVED

Public Enemies © 2009 Universal Studios. ALL RIGHTS RESERVED

Vous avez la réputation d’être l’une des actrices les plus concernées par l’environnement. Comment êtes-vous devenue une militante verte ?

Ce sont mes grands-parents et mes parents qui m’ont inculqué le respect de la nature. Trier les ordures, ne pas laisser l’eau couler pour rien, pour moi, c’était aussi normal que dire « bonjour », « au revoir » ou « merci ».  Cela faisait partie de mon éducation. En grandissant, j’ai voulu en savoir plus sur la façon de préserver cet environnement. Mais la vraie prise de conscience s’est déclenchée lorsque j’ai quitté la campagne, le Loiret plus précisément, pour m’installer en banlieue parisienne. C’est à ce moment-là que j’ai senti la colère bouillonner en moi.

Pourquoi ?

Parce que j’ai très rapidement constaté que les citadins ne se posaient aucune question sur leur façon de consommer. Qu’ils n’avaient aucune réflexion ou considération pour notre planète. Combien de fois ai-je croisé des hommes et des femmes qui ne souciaient guère de la manière dont tel emballage allait être recyclé, tel produit nocif récupéré ou tel déchet incinéré.

MARION COTILLARD is Billie Frechette in Public Enemies-Photo Credit : Peter Mountain/Universal Pictures Copyright: © 2008 Universal Studios. ALL RIGHTS RESERVED
Quelle a été votre première action éco-militante ?

Devenue parisienne, je me suis intéressée à la manière dont l’eau du robinet était traitée, aux substances chimiques qui y étaient ajoutées. Je me suis rendu compte que les sociétés de traitement des eaux manquaient de transparence. Un jour, pour une émission de télé, j’avais demandé si je pouvais suivre un camion poubelle pour voir comment étaient recyclés nos sacs plastiques. Je n’ai jamais obtenu les autorisations !

Aux Etats-Unis, des stars comme Cameron Diaz militent de plus en plus pour que les Américains boivent l’eau du robinet. Qu’en pensez-vous ?

C’est une bonne démarche, mais encore faut-il qu’on sache ce que l’on met dans cette eau ! Une chose est sûre : lors de mes séjours à Los Angeles et à New York, je me suis aperçue que l’eau avait un goût très chimique. En rentrant à Paris, j’ai retrouvé ce même goût ! Et je me suis juré qu’à la rentrée, je demanderai à m’entretenir avec les personnes chargées du traitement des eaux de la Ville de Paris.

Est-il vrai qu’en débarquant dans la capitale, vous traitiez de tous les noms ceux qui jetaient des papiers gras dans la rue ?

Absolument ! J’ai eu une période comme ça, où je ne supportais pas qu’on manque d’éco-civisme… Aujourd’hui, je réagirais différemment. J’essaierais de dialoguer ou d’avoir une approche éducative.

Public Enemies - Photo Credit: Peter Mountain

En 2003, vous avez fait analyser la poussière de votre appartement pour connaître la quantité de particules toxiques qu’elle contenait. Pour quel résultat ?

Qu’il valait mieux boycotter tous les produits ménagers – bourrés de produits chimiques, ainsi que certaines crèmes cosmétiques, shampooing, aérosols… C’est l’accumulation de tous ces produits qui rendait mon appartement potentiellement dangereux pour ma santé ! Je n’utilise dans les produits ménagers que des choses naturelles – à base de savon de Marseille, par exemple. De la même façon, je rejette les crèmes cosmétiques qui contiennent des substances mauvaises pour la santé et donc, in fine, pour ma peau. Bref, je m’oriente tout naturellement vers des produits créés par des gens qui ont un vrai désir de nous préserver. Ce qui n’est pas forcément la démarche de certaines multinationales !

Votre éco-civisme s’exprime-t-il aussi dans votre attitude vis-à-vis de la mode?

J’ai la même attitude que lorsque j’achète un produit alimentaire. Je me pose toujours des questions : dans quel pays est-il fabriqué, comment, avec qui, par qui ? J’ai clairement besoin de transparence. J’essaie de m’habiller le plus souvent possible avec des marques qui affichent clairement leur respect de l’environnement et des conditions de travail. Je ne pourrais pas, par exemple, dépenser de l’argent dans une robe fabriquée selon des règles  bio-éthiques, alors que cette même robe est assemblée par des enfants exploités ! Personnellement, je suis une inconditionnelle du commerce équitable.

Et que pensez-vous de la  fourrure ?

Quelle horreur ! Vous ne me verrez jamais porter de fourrure, qu’elle soit vraie ou fausse. Certes, on arrive à faire de très belles imitations aujourd’hui. Mais, à votre avis, quelle matière utilise-t-on ? Du synthétique !

Quels sont les designers éco-conscients que vous admirez ou à qui vous avez envie de tirer un coup de chapeau  ?

J’adore Stella McCartney (la fille de l’ex-Beatles Paul McCartney, ndlr). En plus des produits cosmétiques « organiques » qu’elle a créés –  notamment à base ce rose sauvage, de camomille ou d’huile de sésame – elle a lancé une collection de lingerie certifiée coton bio, donc non traité. Et dans le passé, elle a imposé dans son contrat avec Chloé son refus d’utiliser du cuir. Voici un joli exemple à suivre…

L’actrice Natalie Portman a travaillé avec Té Casan, une marque de chaussures écolo-chic 100 % éléments végétaux et garanties sans matière animale. Pourriez-vous, demain, collaborer avec une firme de l’habillement vert ?

Ma priorité ne se situe pas là pour le moment. En attendant, j’admire beaucoup l’engagement de Natalie. Si je devais faire quelque chose de marquant pour la planète, je préférerais acheter des terres où l’on fait pousser des OGM. Une fois ces terres rachetées, je les redistribuerais à des paysans qui s’engageraient à faire pousser des légumes du terroir en voie de disparition !

Marion Cotillard - (c) Frank RousseauQuelles sont les marques de produits cosmétiques que vous utilisez de façon régulière ?

J’utilise la gamme des produits Dr Hauschka : c’est une marque allemande géniale et qui n’est pas plus chère que les crèmes « made in multinationale ». J’apprécie également ce que font Melvita et Logona. Et pour garder un joli sourire, je suis une inconditionnelle de la Pierre Blanche. Mais je préfère acheter localement… Si vous vous procurez des produits « made in Germany » aux Etats-Unis, il ne faut pas oublier qu’ils ont voyagé, généralement par avion. Je vous laisse imaginer ce que cela représente en termes de CO2 rejeté dans l’air. Ainsi, quand je tourne aux Etats-Unis, je privilégie les marques américaines, comme Burt’s Bees et sa gamme 100 % naturelle !

Quel est le meilleur endroit pour trouver des produits bio ? Los Angeles ou Paris ?

J’aime beaucoup me rendre, en France, dans les magasins Biocoop. Parce que vous avez affaire à des gens qui savent ce qu’ils vendent et qui se sont engagés à fournir une charte de qualité. Aux Etats-Unis, il existe la chaîne de magasins « Whole food Market». Mais attention, on ne trouve pas que des produits «organiques» chez eux. Je me souviens avoir acheté un brocoli soi-disant bio. Je l’ai oublié plus d’une semaine dans le bas de mon réfrigérateur. Je pensais retrouver un légume en état de décomposition. Eh bien, pas du tout, le brocoli était aussi intact que le jour où je l’avais acheté. Bio ? Pas sûr !

Quel sera votre prochain combat vert ?

Les OGM !  C’est quelque chose de terrifiant à mes yeux, et pas seulement du point de vue de la santé. Je pense aux paysans de pays en voie de développement qui n’ont pas d’autre choix que de travailler pour de gros lobbies agro-industriels pour survivre. Pour moi, les OGM se situent, en termes de dangerosité, au même niveau que les pesticides Roundup et Gaucho ! Je ne pourrais pas assister à l’empoisonnement des cultures naturelles et à la mort de plusieurs centaines d’espèces animales – dont les abeilles – sans rien faire. Plutôt mourir que d’assister à ce désastre ! Voilà pourquoi j’invite les consommateurs à ne surtout pas acheter des produits transgéniques. En boycottant ces produits, nous réussirons à déstabiliser ces apprentis sorciers qui bidouillent notre alimentation !

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Frank ROUSSEAU, grand reporter et pur produit de la mondialisation ! Elevé en partie en Afrique, au Canada, en Nouvelle Calédonie. Eduqué en France puis dans les Universités américaines, il se passionne ensuite pour l’histoire de l’art et celles de civilisations avant d’intégrer le Figaro Quotidien. Journaliste freelance, il partage désormais son temps entre l’oligopole de Los Angeles et un petit village des Yvelines…