Marée noire en Louisiane : les oiseaux en danger

Dans le Golfe du Mexique, le pétrole affecte des zones humides côtières comptant parmi les plus vastes de la planète dont l’estuaire du Mississipi. Sur les quelque 656 espèces menacées par cette marée noire, le Département de la vie sauvage et des pêcheries de Louisiane dénombre 445 poissons, 32 amphibiens et reptiles, 45 mammifères et 134 oiseaux. Interview d’Anne-laure Dugué, responsable du programme oiseaux en détresse de la Ligue de la Protection des Oiseaux (LPO).


Pélican Brun
Le pélican brun, emblème de la Louisiane


Pouvez-vous faire le point sur les espèces d’oiseaux menacées par la marée noire ?
Les premiers touchés vont être les oiseaux marins comme les sternes, goélands ou encore bec-en-ciseaux. Ils se nourrissent en mer d’invertébrés et de poissons, et risquent de s’engluer dans les nappes de pétrole. Ces oiseaux nichent au sol sur les îles sableuses au large des côtes sud de la Louisiane qui seront directement affectées. Ces îles, ainsi que toute la zone du delta du Mississipi qui sera touchée, abritent également le Pélican brun, emblème de l’Etat de Louisiane, dont les populations sont en danger et très vulnérables, en raison notamment d’un faible taux de reproduction. Puis ce sont les oiseaux d’eau : spatules, hérons, canards et les limicoles (bécasseaux et chevaliers) qui se nourrissent dans les vasières de la zone appelée « Delta actif » qui vont être affectés. Les zones de mangroves, qui abritent des oiseaux des marais, notamment des limicoles, des canards, des spatules rosées, l’Ibis blanc, des aigrettes, vont ensuite être touchées. Les oiseaux migrateurs en halte migratoire dans ces trois grands types d’habitats subiront également les conséquences de la catastrophe.

En quoi cette catastrophe naturelle est particulièrement grave ?
Deux éléments risquent encore d’aggraver les effets de la marée noire sur l’avifaune. D’une part, cette catastrophe intervient alors que tous ces oiseaux sont en période de reproduction. D’autre part, la marée noire touche des zones humides, constituées de dizaines de milliers d’îlots et de zones marécageuses où il est très difficile de pénétrer pour récupérer les oiseaux à soigner et enlever le pétrole. Les oiseaux vont donc se cacher pour mourir. Les moins souillés d’entre eux vont s’intoxiquer avec les particules d’hydrocarbures, en nettoyant leur plumage avec leur bec, et succomber à des pathologies pulmonaires en raison de la perte progressive d’étanchéité de leur plumage. Ce sont des milliers d’oiseaux qui sont condamnés à plus ou moins brève échéance.

Quelles sont les étapes pour soigner les oiseaux mazoutés ?
La priorité numéro un, c’est de réchauffer les oiseaux. Leur plumage ayant perdu leur étanchéité, ils sont généralement en hypothermie. Il faut ensuite les requinquer en leur donnant à manger, en les réhydratant et en leur donnant des vitamines. Quand la courbe de poids est à nouveau normale, après quelques jours de repos, vient le lavage avec des bains successifs. Dernières étapes : séchage du plumage et test en piscine. Si tout se passe bien, il faut compter quinze jours à trois semaines de soins par oiseau. Dans le cas de l’Erika, les premiers oiseaux mazoutés sont arrivés mi-décembre 1999. Le 25 décembre 1999, on comptait jusqu’à 1000 oiseaux dans certains centres. Cela s’est calmé fin janvier. Mais en octobre 2000, de forts vents au large de Belle-Ile ont ramené une nappe de pétrole de l’Erika. Résultat : 2500 oiseaux échoués.

Zoom sur le pélican brun
Emblématique de la Louisiane, cet oiseau, qui a frôlé l’extinction il y a une quarantaine d’années du fait des pesticides et de la chasse, a été retiré en novembre 2009 de la liste des espèces en danger aux Etats-Unis. La marée noire va-t-elle l’y faire revenir ? Résident des eaux côtières chaudes, ce pêcheur risque en tout cas de voir ses ressources alimentaires mazoutées dans les semaines à venir.

Infos : www.lpo.fr/detresse/index.shtml

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