Manu Chao, le globe-trotter altermondialiste

Cet été, suivez notre série sur les chanteurs engagés pour la planète. Cette semaine, départ pour un voyage aux accents hispaniques avec Manu Chao.

Il se définit lui-même comme un « artisan-bricoleur qui casse des jouets ». De la Mano Negra à sa carrière solo, Manu Chao a fait bien plus que cela. Globe-trotter et artiste, il associe la musique et les voyages. Sur son chemin personnel, il a pris conscience de l’urgence écologique.

Rien ne prédisposait le petit José-Manuel Thomas Arthur Chao à une telle carrière musicale -et engagée ! Et cela, même si son père, écrivain et journaliste à RFI Amérique latine, recevait de nombreux écrivains à la maison, comme Gabriel García Márquez, Alejo Carpentier et Juan Carlos Onetti.

En 1984, Manu Chao débute la musique et joue dans plusieurs groupes à la fois. La scène alternative Française Parisienne est en plein essor et c’est avec la superbe Mano Negra que nous avons découvert le jeune homme. Cependant, le groupe se sépare en 1994, juste après la sortie de l’album Casa Babylone.

Le début de la prise de conscience

Le projet Cargo, en 1992, a été l’une des plus belles aventures de sa vie. Il s’agissait d’un périple de six mois en Amérique du sud qui avait pour but d’apporter les spectacles -avec la troupe de théâtre Royal Deluxe- dans des endroits défavorisés. Pour ce voyage, un vieux cargo a été remis sur pieds. « Après le Cargo, il y a eu le Train en Colombie [une opération théâtrale franco-colombienne initiée à la fin 1993 par le chanteur], une autre aventure, parmi les plus passionnantes qu’il m’ait été donné de vivre. » (source : www.flux4.eu)

Sa rencontre avec l’Amérique latine va être décisive dans la suite de sa carrière et sa construction personnelle. Pendant quatre ans, au fil des rencontres, il puise des sons et des atmosphères qu’il retranscrira sur l’album Clandestino. Ce premier disque sans la Mano Negra marque le tournant de sa carrière d’artiste. Voici la vidéo du célébrissime Clandestino :

Manu Chao devient alors le Français le plus vendu et écouté au monde, en chantant la presque totalité de ses chansons en espagnol.

L’altermondialiste

A Milan en juin 2001, Manu Chao donne un concert durant lequel il fait monter sur scène une dizaine de militants altermondialistes. Ceux-ci s’adressent alors à la foule en lui demandant de prendre part aux manifestations contre la tenue du G8 à Gênes le mois suivant. Regardez Manu Chao durant ces manifestations :

Ecologie et changement des mentalités

« En ce qui concerne la question de la nature, j’ai envie d’être politiquement incorrect : moi je ne me fais guère de souci pour la nature ; tout le mal qu’on lui fait, c’est du mal que nous nous faisons à nous-mêmes. On est en train de la blesser très durement, mais un jour elle va nous dégager en très peu de temps, et c’est notre civilisation qui va disparaître, pas la nature ! La nature, elle, va peut-être mettre un million d’années pour panser ses blessures, ce qui ne signifie rien pour elle. Elle est beaucoup plus forte que nous. » a expliqué Manu Chao en 2008 au média www.flux4.eu. Le chanteur avoue être souvent sollicité pour réaliser des projets qui touchent à la politique ou à l’écologie. Mais pour lui, chaque projet nécessiterait un investissement important et il serait hors de question pour lui de les survoler. Le chanteur a soutenu, par exemple, un projet dans les Îles Baléares qui a consisté à semer sept tonnes de graines de diverses plantes, placées dans des petites boules d’argile. Deux ans après les avoir semées, les acteurs du projet ont observé ce qui pousse et ne pousse pas dans un milieu devenu hostile. « La nature a besoin d’eau, l’eau se raréfie, les gens s’interrogent aujourd’hui sur ce qui peut pousser ou non dans des milieux rendus hostiles par l’intervention de l’homme. Derrière la plante, on trouve les êtres vivants, les animaux et les humains », explique Manu Chao au même média.

Mais L’artiste se révèle optimiste : « Des gens qui n’avaient aucune conscience écologique sont désormais sensibilisés par les changements climatiques, ils commencent à réfléchir. L’écologie est entrée à l’école et mieux que cela, elle est même entrée dans les bistrots. Alors, est-ce trop tard ou pas ? Ça c’est la grande question. Est-on déjà allé trop loin ou est-il encore temps ? Malheureusement je n’ai pas la réponse. Avoir aujourd’hui de l’espoir, c’est de dire : non, il est encore temps… Donc, il faut travailler et tous s’y mettre en se disant qu’il est encore temps de changer les choses. » (www.flux4.eu). Selon le globe-trotter, le meilleur moyen de vivre dans un monde serein est de rejeter cette société d’ultra-consommation : « Personnellement, je n’entre que très peu dans le monde de la consommation. Je n’ai pas de voiture, j’ai mon vélo : ça me suffit largement. Si j’ai besoin, je prends le métro, un moyen de transport que j’apprécie, qui me fait rencontrer plein de gens. » (http://pcfhendaye.fr/)

Projets solidaires

Manu Chao a eu un véritable coup de foudre en découvrant la musique d’Amadou et Mariam. Tous les trois sont liés par leur engagement commun afin d’aider les personnes dans le besoin. Ils commencent à travailler ensemble sur de nouvelles chansons à Paris en septembre 2003, puis terminent l’enregistrement de l’album en avril 2004 au Mali. Dimanche à Bamako sort en octobre 2004. Voici la vidéo de la chanson Sénégal Fast Food, interprétée par les trois artistes :

En 2009, il revient sur le devant de la scène en produisant un disque très particulier, Viva La Colifata, album enregistré par la radio associative d’un hôpital psychiatrique, à Buenos Aires. En argot local, colifa signifie « fou ». Manu Chao travaille avec eux depuis 2004, et l’enregistrement de Viva La Colifata a commencé en 2007. Les « Colifatos », comme on les appelle, étaient déjà présents sur le quatrième album solo de Manu Chao, La Radiolina, en écrivant par exemple les paroles de Tristeza, ou encore en participant au clip de Rainin in Paradize, filmé par Emir Kusturica. Découvrez ici le clip :

Et le chanteur de conclure (www.flux4.eu) : « Avec ces gens-là, ça été une rencontre extraordinaire. De véritables profs de lucidité. Ce sont des gens qui ont des problèmes psychiatriques, que la société considère comme fous. Je les ai rencontrés par le hasard de la vie et j’ai sympathisé de manière formidable. Ils ont une force de synthèse qui est vertigineuse sur n’importe quel sujet. »

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