Manifeste pour le végétarisme

Aymeric Caron, végétarien engagé et chroniqueur télé sort un livre choc intitulé « No Steak » pour dénoncer les pratiques scandaleuses de l’industrie de la viande et les conséquences de l’élevage intensif sur le réchauffement climatique. A travers 8 raisons, aussi bien économiques, pratiques, historiques, philosophiques que culturelles, il explique pourquoi nous devrions cesser de manger de la viande. 

©CARON-225On n’a jamais mangé autant de viande dans le monde qu’aujourd’hui : 60 millions d’animaux meurent chaque année pour nourrir les hommes. L’élevage des bêtes, notamment les bœufs et les porcs, accentue le réchauffement climatique. Epuisement des sols, utilisation abusive des ressources en eau, pollution des nappes phréatiques, réchauffement climatique, manque de surfaces agricoles : ce rythme est intenable. Plus des trois quart des terres agricoles de la planète sont consacrés au bétail alors que la population mondiale ne cesse d’augmenter. Conséquence directe : dans un futur proche nous allons cesser de manger de la viande. Fini les steaks, les côtes de porc, les magrets de canard et autres brochettes de poulet. Bientôt, nous serons tous végétariens, non pas par choix mais par obligation.

Une question morale et un fait culturel

Au delà de ces raisons techniques, Aymeric Caron évoque la question de l’éthique animale. L’idée de plus en plus consensuelle que les animaux sont des êtres qui souffrent, ressentent des émotions, ont une  « valeur moralement considérable » selon les termes de John Baird Callicott, pionnier de l’éthique environnementale aux Etats-Unis au XXe siècle. Parce que les animaux que nous mangeons nous ressemblent et parce que la morale l’ordonne, nous devons cesser de consommer de la viande.

D’autant plus que cet amour de la viande est culturel, pas naturel. Caron revient sur nos habitudes alimentaires depuis la préhistoire pour montrer que, même si nous avons été carnivores pendant une période de notre évolution, ce comportement n’est pas immuable. Il rejoint l’ethnobotaniste et écrivain François Couplan, qui assurait déjà en 2006 dans son livre Sans viande et très heureux que la viande n’est pas indispensable pour la santé. Sans compter que sa qualité est souvent mise en doute alors qu’une alimentation à base de végétaux, à condition d’être équilibrée, exclut tout risque de carence.

Le végétarisme est moderne et de plus en plus « cool »©girlgirlsileostomyblog

De nombreux courants philosophiques et religieux comme l’hindouisme ont  prôné pendant des siècles l’absence de viande dans l’alimentation. En Inde, aujourd’hui, 40% de la population est végétarienne et continue d’adhérer aux préceptes de Gandhi selon lesquels « […] moins une créature peut se défendre, plus elle a le droit à la protection de l’homme contre la cruauté humaine ». Nietzsche déjà se méfiait de la viande et considérait que le contenu de notre estomac conditionne notre évolution : nous sommes ce que nous mangeons. Nous sommes humains (trop humains), nous ne sommes pas des animaux. Cette idée a fait son chemin.

Même si le courant végétarien est encore minoritaire (3% de la population en France) et n’est pas toujours pris au sérieux, il gagne de la place. Devant les pratiques immorales de l’industrie de la viande, comme l’élevage de volailles en batterie destinées uniquement à la consommation pour ne donner qu’un exemple, nombreux sont ceux qui décident d’abandonner les plaisirs de la chair animale. Généralement, la décision de devenir végétarien vient d’un déclic, un choc visuel, une expérience traumatisante de mise à mort d’animaux pour le plaisir de l’homme. On ne nait pas végétarien, on le devient.

Et le récent scandale médiatico-alimentaire des lasagnes Findus, composées de viande de cheval plutôt que de bœuf, abonde dans ce sens. On ne peut pas savoir à 100% ce qu’on mange, ni la composition, ni la provenance, surtout avec la multitude d’intermédiaires en cause.

©kenjonbroNéovégétarisme

L’heure est au « tout bio » et à l’amour des fruits et légumes. C’est une véritable prise de conscience généralisée pour la cause animale. Qui n’a jamais entendu parler des végétaliens (appelés « vegan » en anglais), ces végétariens qui ne mangent aucun produit d’origine animale et pour qui toute forme d’exploitation animale est vécue comme un crime ? Ni fromage, ni œufs, ni lait, par solidarité avec nos amis les bêtes.

Sans faire de prosélytisme, Aymeric Caron invite ses lecteurs à une réflexion sur le végétarisme et les encourage à y penser sérieusement. L’image du végétarien a  évolué, ce n’est plus la fille maigre au teint blafard qui ne mange que du tofu et du quinoa. Désormais, être végétarien, c’est cool.

No Steak par Aymeric Caron. Editions Fayard, 2013. 19 euros.

[audio:http://www.neo-planete.com/wp-content/uploads/2013/02/Neoplanete-evolue-124083083.mp3|titles=Manifeste pour le végétarisme]

Cette chronique « Environnement » a été diffusée le vendredi 15 février 2013 sur Europe 1. Retrouvez chaque jour sur Néoplanète les chroniques « Bonne Nouvelle » et « Environnement » de Yolaine de la Bigne, enrichies de photos, de vidéos et de liens internet. 

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Mathilde Samama, étudiante en dernière année à Sciences PO, en Master Développement Durable.