Tourisme : luxe, calme et… zéro carbone

Après le développement du tourisme solidaire et de l’éco-tourisme, voici le tourisme « décarboné ». Ou comment repenser sa façon de voyager. Par Catherine Levesque.

Article disponible dans le Néoplanète été 2011

On connaissait la compensation carbone(1). À Copenhague, un hôtel de luxe, le Crowne Plaza Copenhagen Towers, propose désormais à ses clients de pédaler sur un vélo qui alimente l’établissement en électricité verte. En produisant au moins 10 watts/heure, soit dix minutes de pédalage, le valeureux cycliste gagne son repas ! Loin de ce gadget high-tech, les expériences se multiplient dans le secteur du tourisme pour limiter les émissions de CO2. Cette empreinte carbone est surtout liée au transport : 43 % des rejets de dioxyde de carbone des Français sont ainsi imputables aux destinations lointaines.

« Parmi toutes les problématiques soulevées par le tourisme de masse depuis une quinzaine d’années, celle du changement climatique est la plus difficile à résoudre », estime Ghislain Dubois, responsable de l’association Air, qui accompagne des acteurs privés ou publics sur des solutions innovantes. L’équation est simple : le tourisme génère 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et le trafic augmente de 5 % par an. Forts de ce constat, les professionnels cogitent et des collectivités se mobilisent déjà. Avec l’initiative Baie de Somme Zéro Carbone(2), la région Picardie montre l’exemple : hébergeurs, restaurateurs, producteurs, agriculteurs et prestataires – pour certains, déjà écolabellisés – ont signé une charte d’engagement pour limiter l’impact de leurs activités dans cette zone naturelle sensible. Engagés dans un programme d’évaluation carbone, ils sont invités à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à faire un Bilan Carbone®(3) complet.

PLACE AU TOURISME ALTERNATIF !
Stigmatisées à cause de leur recours à la neige artificielle, nombre de stations de sports d’hiver réfléchissent aussi à des alternatives possibles. L’association Mountain Riders rassemble les plus exemplaires dans son Eco Guide des stations de montagne, téléchargeable gratuitement sur son site. Dans les Alpes, un réseau de vingt-quatre stations – Alpine Pearls, dont Les Gets et Pralognan – défendent la « mobilité douce ». Un portail Internet recense également toutes les randos (à pied, en raquettes ou à skis) à faire sans voiture. Dans une campagne publicitaire récente, le département des Bouches-du-Rhône a carrément misé sur ce slogan paradoxal : « Ne partez plus en vacances ! » En invitant à repenser la combinaison distance/mode de transport, le changement climatique pourrait bien nous inciter à redécouvrir notre environnement proche. « Avec 1 kg de CO2, un Parisien passe un week-end à Lyon en TGV. S’il prend l’avion, il va au bout de la piste ! » ironise Ghislain Dubois.

En écho à la Slow Food, le Slow Tourism (tourisme lent) suggère des transports moins polluants (train, bateau, marche…), un temps de séjour plus long et une approche plus authentique. Avec les Greeters, le tourisme alternatif se développe à Nantes et dans le Pas-de-Calais grâce à des volontaires prompts à faire visiter leur ville ou leur région à leur façon et gratuitement. L’objectif : créer du lien. À Paris, Ça se visite présente des balades Développement durable et dédie 10 % du prix au soutien de projets locaux. Alors, loin des fantasmes de tourisme intergalactique, évadez-vous… pas trop loin !

(1)On compense les émissions de gaz à effet de serre générées par un déplacement en finançant un projet de type énergie renouvelable, reboisement… Plus d’infos sur www.compensationco2.fr
(2)www.baiedesomme-zerocarbone.org
(3)Délivré par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME).

DES ORANGERIES VERTES
Restaurées en 1999 selon les critères HQE (Haute Qualité Environnementale), Les Orangeries ont été pionnières en matière d’établissements écolabellisés. Cette maison familiale du XVIIIe siècle décroche l’Ecolabel européen en 2006, une première en France pour un prestataire de services. Fort d’un Bilan Carbone®, l’hôtel, situé à Lussac-les Châteaux, dans la Vienne, ne cesse depuis de peaufiner sa démarche. « Nous nous efforçons de réduire toujours plus l’impact carbone de nos assiettes en valorisant des circuits courts (20 à 30 km) et la production de notre potager bio », se félicite Olivia Gautier, sa directrice. Point fort de l’initiative, « Une vision très positive de ce qui pourrait apparaître comme une contrainte, pour ne culpabiliser personne. D’ailleurs, plus que l’engagement écologique, c’est le charme du bâti qui attire l’essentiel de notre clientèle ». www.lesorangeries.fr

MORGANE… DU CHIC ÉCOLOGIQUE
Prestigieux hôtel de Chamonix, le Morgane (4 étoiles) est le premier hôtel dans notre pays à cumuler ces deux certifications, l’Ecolabel européen et le Green Globe. Avec ses quatre autres établissements, Temmos se positionne comme la première chaîne hôtelière de montagne Carbon Neutral. Calculées par le Bilan Carbone®, toutes les émissions de CO2 sont compensées… et réduites par différentes actions : travaux d’isolation, chauffe-eau solaires, lampes fluo-compactes, consommation responsable… L’objectif du groupe : l’écolabellisation de ses cinq adresses alpines d’ici à fin 2012. www.temmos.com

VOYAGE, VOYAGE !
Voici quelques sites Internet, guides et livres pour trouver votre éco-destination idéale.
Pratique
Passeport vert : www.unep.fr/greenpassport
www.voyageur-responsable.com
www.voyageons-autrement.com
Guides
Être écovoyageur, de Robert Pince, aux éditions Nature & Découvertes, 1 euros.
Le Guide du routard du tourisme durable 2011-2012, aux éditions Hachette, 9,90 euros.
Les guides Tao m’a dit, disponibles sur www.viatao.com, 5,90 euros.
Randonner responsable, de Catherine Levesque, chez Rando Éditions, 8,50 euros.
À lire
Eco-lodges – Les plus beaux hôtels écologiques de France, de Marie Lorrain et Matyas Le Brun, aux éditions Eyrolles, 29 euros.
Les Plus Belles Adresses écolo-bio – Maisons d’hôtes, gîtes et hôtels de charme en France,
de Benjamin Samaha, aux éditions Yves Meillier, 19 euros. Plus d’infos sur www.tourisme-ecolobio.com

Par Catherine Levesque

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