Les safaris, un business entre tourisme et chasse

chasseur crédit photo Donatien Lemaitre

Qui ne rêve pas de rencontrer le roi de la savane au beau milieu de la plaine africaine ? Les animaux sauvages amènent des millions de touristes chaque année en Afrique du Sud, haut lieu du safari photo qui ne représente que 10% du chiffre d’affaire des réserves privées. La plupart des propriétaires préfèrent proposer leurs bêtes dans le viseur d’un touriste, la chasse étant une activité beaucoup plus lucrative. Découvrez dans l’enquête de Donatien Lemaître et Melinda Fantou comment ces bêtes se retrouvent sur papier glacé mais aussi en trophée. Avec un chiffre d’affaire de 600 millions d’euros chaque année, les safaris représentent une véritable industrie. Prêt à abattre l’un des Big 5 (lion, rhinocéros, léopard, buffle et éléphant) ?

Nous avons rencontré Donatien Lemaître qui a enquêté sur ce business, à découvrir ce jeudi 21 août  à 20h45 dans Envoyé Spécial, sur France 2. 

Donatien Lemaitre, bonjour, vous avez enquêté en Afrique du Sud sur « Le business des safaris ». Quand on évoque les safaris, on pense tout de suite aux lions en train de se la couler douce en pleine savane, que l’on peut photographier au milieu des girafes à bord de son véhicule… Mais vous nous montrez aussi qu’en dehors des grands parcs nationaux, ces animaux sont aussi une manne financière pour certains propriétaires de réserves privées, détenues principalement par des Sud-Africains blancs ?

touristes crédit photo Donatien LemaitreIl existe des réserves privées qui organisent uniquement des safaris photos et rentrent dans une logique de conservation, sans chasse. Elles sont principalement attenantes au Parc Kruger, le plus grand du pays. Il n’y a pas d’opposition entre les parcs nationaux et les réserves privées qui font un travail complémentaires. La preuve : le pays n’a jamais eu autant d’animaux depuis 200 ans. Les propriétaires sont en effet autorisés à en posséder, à les échanger et à les reproduire sur des terres qui auraient pu être parfois reconverties en agriculture. Les bêtes se retrouvent donc beaucoup plus nombreuses qu’avant. Mais la plupart de ces réserves privées font de la photo et de la chasse, une activité encadrée et beaucoup plus rentable. 

Ce qui parait incroyable est que les animaux sauvages sont également mis aux enchères comme de simples objets…

Comme les particuliers ont le droit de posséder des animaux sauvages, ils ont aussi le droit de les échanger lors de mises aux enchères quasi-hebdomadaires un peu partout en Afrique du Sud. Les petits animaux sont le plus concernés, comme les antilopes.

antilopes crédit photo Donatien LemaitreQui sont ces personnes prêtes à payer une fortune pour tuer un lion ou un éléphant ? Jusqu’à combien peuvent-ils débourser ?

Ce sont principalement des étrangers, nombreux sont les Américains suivis par les Européens. Ils veulent principalement les Big 5 (lion, rhinocéros, léopard, buffle et éléphant) sachant que les lions sont les plus tués. Élevés en captivité, ils sont offerts à de riches personnes pour être chassés. Nous avons filmé en caméra cachée au sein d’une réserve privée, qui nous a proposé de tirer sur un de leurs lions pour 6 000 euros. Pour 6 000 euros de plus, on pouvait garder le trophée : la tête de l’animal. Il existe une grosse pression internationale pour interdire la chasse aux Big 5, et plus spécifiquement « la chasse en boite », pratique tolérée par le gouvernement. Les lions sont drogués le matin avant d’être enfermés dans un enclos pour que les chasseurs tirent dessus. Souvent inexpérimentés, ceux-ci ne descendent même pas du 4×4, ratent souvent leur cible ou tirent dans les côtes… Une agonie pour l’animal. Les Sud-Africains chasse quant à eux le petit gibier (impalas, élans, springboks…). Ils passent en général une ou deux semaines par an dans des réserves privées, ils tirent sur les animaux puis les conditionnent et les congèlent pour pouvoir en manger toute l’année. On trouve là-bas beaucoup de biltong, de la viande séchée en bâtonnets.


safari crédit photo Donatien LemaitreLes lions élevés ainsi ont-ils une chance d’être réintroduits dans la savane ?

Les éleveurs de lions prétendent élever ces animaux pour les vendre à des réserves privées sans savoir ce qu’ils deviennent. Mais comme ces lions ont grandi en captivité,  la probabilité qu’ils soient réintroduits dans ces réserves est mince car ils ne savent pas chasser. Quelques organisations de protection des lions tentent cependant de montrer que l’on peut les réintroduire à l’état sauvage malgré les complications.

Restitution des réserves privées aux populations noires… La suite de l’interview est à lire page 2

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.