Le syndrome de la grenouille

Une histoire raconte que si l’on plonge directement une grenouille dans l’eau bouillante, elle va avoir le réflexe de sauter pour survivre. Au contraire, si on la met dans l’eau froide et que l’on fait progressivement chauffer, elle va ignorer le danger et finir par bouillir ! Face au bouleversement climatique en cours, l’homme courrait un peu ce risque : ne pas vraiment se rendre compte du danger réel qui le guette. C’est l’hypothèse du nouveau livre de l’ingénieur-écologue Philippe J.Dubois qui, s’appuyant sur des années d’études scientifiques, met notamment en lumière les impacts du réchauffement sur la biodiversité et la vie de la planète. A lire pour ne pas s’endormir ! V.R.

Auteur d’ouvrages sur la nature et l’environnement et éditeur, Philippe J. Dubois a compulsé des milliers d’études scientifiques pour rédiger cet ouvrage.

Le Syndrome de la grenouille, par Philipe J. Dubois, paru aux Editions Delachaux et Niestlé, collection Changer d’ère. Prix : 19 euros. www.lamartiniere.fr

EXTRAITS…

Extraits, du livre Le Syndrome de la grenouille, paru aux Editions Delachaux et Niestlé, dans la collection Changer d’ère. Septembre 2008.

Introduction

En quelques années seulement, les choses semblent s’être précipitées. La « vérité qui dérange » d’Al Gore ne dérange plus aujourd’hui qu’une poignée d’irréductibles qui continuent à y voir, contre vents et marées, une grande part d’affabulation. Hormis ces quelques individus, souvent en mal de publicité (y compris en France…), il est clair que la communauté scientifique est quasi unanime sur le constat suivant : oui, nous vivons actuellement une période sans précédent dans l’histoire du climat de notre planète, en ce sens que, pour la première fois, ce changement est l’œuvre de l’homme. Les études sur le climat et ses impacts ont augmenté de façon exponentielle, et toutes, ou presque, vont dans le même sens. C’est d’ailleurs sans doute du fait de cette unanimité que, des gouvernants aux simples citoyens, la prise de conscience s’est tout d’un coup accélérée. Depuis cinq ans, de très nombreux ouvrages ont donc été publiés sur le sujet. La plupart, sinon tous, sont axés sur les impacts du réchauffement climatique sur nos politiques énergétiques, sur l’économie, parfois aussi sur ses conséquences sociales, sanitaires et démographiques. C’est utile, primordial même, mais pour autant ce n’est pas tout. L’impact sur le vivant reste trop souvent négligé. Écosystèmes, habitats, faune, flore – en un mot toute la « biodiversité » – sont également affectés par ce changement climatique qui n’est qu’un aspect de ce que l’on appelle le « changement global ». C’est pourquoi il m’a semblé utile de faire aussi le point sur les connaissances acquises par les chercheurs du monde entier dans tous les domaines où le vivant (homme compris !) va s’y trouver confronté. Car ce n’est pas seulement un système économique et social, c’est l’avenir même de notre planète qui est en jeu. À lire cela, on peut avoir l’impression qu’on va encore se trouver confronté dans les pages qui suivent à une longue litanie de malheurs, et objecter que ce n’est pas leur énumération qui va résoudre les problèmes. On préférera peut-être me considérer comme un bien vilain pessimiste. Ce n’est pas le cas. D’une part, ce n’est pas moi qui suis pessimiste : ce sont les centaines, les milliers d’études publiées depuis plus de dix ans qui le sont. D’autre part, il reste encore, à la lecture de cette abondante littérature, matière à espérer. Nous sommes certes à présent confrontés à l’inéluctable, et il est trop tard pour éviter le coup, mais c’est aussi dans l’urgence que l’on se montre parfois capable de prendre les bonnes décisions, celles qui sont nécessaires à notre survie. Nous en sommes là. Nous avons encore les moyens de réagir de manière au moins à atténuer l’impact. Nous le verrons au fil de ces pages : en face des constatations des scientifiques, des solutions existent pour éviter le pire. C’est le message constant de leurs travaux. C’est aussi celui de ce livre.

Peut-on sauver les récifs coralliens ?

Les récifs coralliens sont victimes d’agressions multiples, dont le réchauffement de l’eau, dû à la baisse de la thermocline. La thermocline est la zone de séparation des eaux chaudes superficielles et des eaux froides en profondeur. Avec l’augmentation de la température de l’eau, elle « plonge » littéralement en zone plus profonde. Cela crée un stress pour les micro-organismes qui constituent le corail, diminuant par exemple leur capacité de résistance aux agents pathogènes (champignons ou bactéries) qui, eux, se développent allégrement dans des eaux plus chaudes. À terme, il s’ensuit la mort du récif corallien, qui blanchit. La hausse du niveau de la mer nécessite par ailleurs de la part du récif corallien de croître en proportion pour ne pas se retrouver à des profondeurs trop importantes. En certains lieux, comme cela a commencé à se passer dans l’archipel de Bora Bora, il ne peut pas suivre et il meurt, ce qui entraîne la mort des poissons qui vivent dans son intimité. Les activités humaines (pollution par rejets d’engrais à base de nitrates et de phosphates dans la mer) ne sont pas non plus étrangères au phénomène de blanchissement du corail. S’y ajoute une exploitation accrue à des fins alimentaires ou touristiques (collecte de coraux). Enfin, le récif corallien subit d’autres pressions extérieures : tempêtes et cyclones abîment les constructions coralliennes, les crues importantes des fleuves charrient des sédiments qui ne font pas bon ménage avec elles, les platiers récifaux (partie supérieure du récif corallien) peuvent se trouver trop longtemps émergés, le phénomène climatique du Niño* entraîne un réchauffement anormal des eaux de surface nuisible à sa bonne croissance et à son maintien. Cependant, si le ou les phénomènes inducteurs s’interrompent, les récifs coralliens peuvent retrouver vie et couleurs. Dans certaines régions du monde, on a constaté que la pression de courants froids à proximité des récifs coralliens ralentissait les effets liés au changement climatique. C’est le cas, par exemple, du récif au nord-ouest de Madagascar. De même, une étude menée au Panama et au Moyen-Orient par des scientifiques de la Wildlife Conservation Society* a établi qu’après un épisode de blanchissement, les algues minuscules qui se trouvent dans le corail et qui ont survécu deviennent capables de supporter des températures supérieures à ce qu’elles avaient connu auparavant.

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