Gaz de schiste :

Première livraison de méthane américain cet été pour la France

Dès cet été, la France recevra sa première livraison de méthane des Etats-Unis, dont une partie proviendra de l’exploitation des gaz de schiste. En 2011, la France a interdit la fracturation hydraulique, technique permettant d’extraire ces hydrocarbures non conventionnels. Olivier Rech, membre du comité scientifique de la Fondation GoodPlanet, a travaillé pour l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) et a été membre du Groupe d’experts sur la transition énergétique pour le ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie (GIEC). Il fait le point sur les différents enjeux liés à l’extraction et à l’exportation de cette ressource. Une interview de Chloé Schlosser pour notre partenaire GoodPlanet

Pixabay
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L’exportation de méthane américain, dont une partie est constituée de « gaz de schiste », constitue-t-elle une nouvelle étape vers une globalisation du marché du gaz ?

Oui, toute apparition d’un acteur supplémentaire, particulièrement exportateur, contribue à internationaliser le marché du gaz. La vraie question est : cette capacité d’exportation est-elle durable ? On peut également se demander quels seront les effets de l’exportation de ces gaz sur le prix domestique aux États-Unis, particulièrement dans le cas où la plus grande part des capacités d’exportation annoncées est confirmée ? Je rappelle que la production de gaz de schiste aux États-Unis est, depuis des années, sous perfusion de capitaux. Le prix actuel outre-Atlantique ne reflète pas le coût de production mais une surproduction alimentée par des investissements, ce qui fait baisser le coût des gaz consommés. Ces investissements sont favorisés par la politique monétaire.

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Quels sont les avantages et désavantages liés à l’import/export de ces gaz ?

L’enjeu est économique : cela dépend donc de qui l’on parle. Du point de vue des pays importateurs, par exemple la France, le fait que des volumes supplémentaires de gaz arrivent sur le marché international est positif. Cela augmente le degré de concurrence entre les fournisseurs et peut donc influencer les prix. L’autre effet positif consiste en une diversification d’approvisionnements et donc une réduction du risque de pénurie. Du point de vue des pays exportateurs, en l’occurrence ici les États-Unis, les conséquences sont diamétralement opposées, puisqu’ils doivent gérer ce degré de concurrence supplémentaire.

Quels seront les effets sur le développement des énergies renouvelables en Europe, ainsi que sur le marché gazier d’origine russe ?

Le prix du gaz en Europe, d’origine Russe ou autre, a fortement baissé, essentiellement du fait de l’indexation sur le prix du pétrole, qui reste dominant. Mais dans l’immédiat, pour un ensemble de raisons, les investissements dans le secteur électrique ne font pas apparaître d’investissements significatifs dans les centrales à gaz. En tenant compte de ce que les volumes de gaz concernés restent négligeables à l’échelle continentale, je n’attends pas de conséquence particulière sur les énergies renouvelables. Les investissements en renouvelables gagnent au contraire en autonomie par rapport aux prix des hydrocarbures.

ecology-158786_960_720Suite à l’annonce de l’arrivée du gaz de schiste sur le sol français cet été, Ségolène Royal souhaite « examiner juridiquement la façon d’interdire son importation ». Que penser de cette déclaration ?    

Il faut bien comprendre que les États-Unis n’exportent pas du gaz de schiste, ils exportent du méthane dont une partie sera du gaz de schiste. Personne ne peut dire véritablement à quelle proportion correspondra ce type de gaz dans les cargaisons. A ce titre, je ne vois pas comment interdire juridiquement des contrats d’approvisionnements privés en méthane, sous prétexte qu’il y a à l’intérieur de ces cargaisons une certaine proportion de gaz de schiste. De plus, dans le cadre actuel des échanges internationaux, il semble peu probable que notre pays puisse imposer aux États-Unis une restriction de leurs exportations de gaz vers la France au motif que leur interprétation du risque environnemental diffère.

Propos recueillis par Chloé Schlosser

Lire la suite sur le site de notre partenaire Good Planet.

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Emilie Villeneuve

Sa licence de journalisme en poche, elle s’envole pour la Réunion où elle arpente l’île en tant que journaliste radio au sein de RFO. Une fois revenue en métropole, Emilie se consacre à l’environnement et au bio avec Bioaddict.fr et pige également en tant que journaliste web avec DDMagazine.com. Elle intègre la rédaction de Néoplanète en avril 2011 dont elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site et de la webradio. Elle fait également partie de l'équipe de "Bougez Vert", émission diffusée sur Ushuaïa TV.