Lima, à pas comptés vers Paris 2015

Personne ne criait victoire à l’issue de la conférence mondiale de Lima sur le climat qui s’est achevée samedi dans la capitale péruvienne mais tout le monde était tout de même soulagé qu’un accord, même modeste, ait été trouvé… sur un calendrier d’ici à la COP 21 de Paris, dans un an.

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Un « pas en avant », dixit l’Union européenne ; « une bonne base de travail », selon Laurent Fabius, pour qui «on a beaucoup avancé même si tous les problèmes ne sont pas réglés » ; « médiocre mais sans surprise », selon Greenpeace. « C’est ce qu’on pouvait faire de plus faible », commente le WWF sans illusion.

Comme à chaque fois, les négociations ont « joué les prolongations » entre les 195 pays et l’accord a été trouvé « in extremis » pour finalement définir les étapes et les bases de la négociation d’ici à la COP 21. Une telle anticipation est considérée comme un bon signe. Dans le texte signé, on y apprend surtout qu’il y a du pain sur la planche pour toute l’année 2015 :

  • 8-11 février à Genève, les négociateurs commenceront élaborer le document de travail du futur accord de Paris.
  • Avant le 1er mars, tous les pays devront annoncer leur « contribution nationale », par laquelle icop_20_lima_logo - wikipedials s’engagent de façon chiffrée à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Sont concernés les seuls pays… qui « seront en mesure de le faire » !
  • 31 mai : date-butoir pour qu’un projet officiel de texte soit soumis aux 195 pays membres de la Convention de l’ONU sur le climat,
  • 3-14juin à Bonn : réunion intermédiaire annuelle, premier bilan, et poursuite des négociations sur le futur accord.
  • Au deuxième semestre : dernière session de négociations intermédiaires pour finaliser le projet d’accord.
  • 1er novembre : une synthèse des différents engagements des pays sera présentée par la Convention de l’ONU sur le changement climatique.
  • 30 novembre-11 décembre : COP 21 à Paris pour un accord sur des réductions chiffrées applicable à partir de 2020 et qui prendra la suite du protocole de Kyoto (1997) pour parvenir à réduire les émissions de 40 à 70% d’ici à 2050.

Le texte final adopté à Lima détaille les possibilités en vue de l’accord de Paris, dont celle de viser un objectif zéro C02 à l’horizon 2100, voire plus tôt, en abandonnant les combustibles fossiles au profit des énergies renouvelables.

Mais on ne sait pas de quel genre d’accord contraignant il sera question, plusieurs pays dont les Etats-Unis ne voulant pas d’un traité international.

album photo cefic.indd - wikipediaLes plus riches veulent privilégier les réductions des émissions, les plus pauvres mettent en avant les stratégies d’adaptation et veulent s’assurer que le « Fond vert » sera bien abondé à hauteur de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 par les pays du Nord. Les engagements actuels portent sur 10 milliards.

Enfin, et c’est nouveau, on assiste à la naissance d’une véritable coopération internationale autour de la lutte contre le changement climatique. La « responsabilité commune mais différenciée » entre pays développés et en développement a en effet été adoptée, ce qui signifie que tous les pays seront engagés par l’accord de Paris alors que le protocole de Kyoto ne concernait que les pays industrialisés. La Chine et l’Inde continuent à rejeter la responsabilité sur les pays du Nord alors qu’ils sont maintenant les premier et quatrième plus gros émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre. Les Etats-Unis sont en deuxième position et l’Europe, en troisième.

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.