L’île de Pâques, un nouveau drame ?

Elle fait partie de ces merveilleuses destinations touristiques qui nous font rêver. Mais elle est surtout devenue un symbole des erreurs de nos sociétés. Par Gilles Boeuf, professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie – Observatoire d’océanologie – Laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer – Président du Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

L’endroit le plus isolé au monde (à plus de4 000 km de tout autre point habité de la planète) fut découvert par des Polynésiens aux alentours des VIII-IXe siècles. Une extraordinaire végétation, en majeure partie constituée d’un arbre endémique, le Sophora toromiro, y abondait. L’homme y a apporté l’arbre à pain et le cocotier (deux espèces qui ont rapidement disparu), mais aussi le santal, le ti, la canne, le curcuma, le camote (la patate douce), la banane, le murier, l’igname… Le rat de palme et le poulet étaient aussi du voyage.

Un tourisme synonyme de destruction
La population y vécut en autarcie totale pendant sept cents ans. Puis la déforestation massive, la destruction de l’environnement, l’érosion des sols, les brûlis, la surpopulation, les luttes tribales provoquèrent guerres et anthropophagie. L’horreur aurait été atteinte vers1650-1680, avec une île ravagée par la famine et un coût d’État militaire rejetant nobles et prêtres. Cette chute racontée par Jared Diamond, en 2006, dans son ouvrage intitulé  » Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie « , va-t-elle se reproduire aujourd’hui ? Depuis la construction de l’aéroport de Hanga Roa par les Américains en 1967, les autorités chiliennes, avaient, plus ou moins volontairement, limité l’accès de l’île à environ six mille visiteurs par an, souvent accueillis chez l’habitant. Puis tout s’est mis à dériver : implantation d’hôtels de luxe, multiplication des vols et des croisières de haute mer… En octobre 2009, le peuple a massivement voté une « limitation d’acceptabilité » du nombre de touristes et d’immigrants : en effet, en sept ans, la population était passée de deux mille six cents à plus de quatre mille. Début 2011, on comptait, chaque année, plus de cinquante mille vacanciers sur cette île seulement deux fois plus grande que celle d’Oléron ! Une sérieuse menace pour l’environnement et la culture locale, associée à une délinquance « introduite» grandissante. Comme pour les Galápagos, il faudrait mettre en place un système de quotas d’entrées. Décidément, les tristes histoires se répètent !


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