Mangerez-vous encore des huitres l’année prochaine ?

Difficile d’imaginer des fêtes de fin d’année sans elle ! L’huitre creuse est un véritable régal pour les papilles des amateurs, mais elle est menacée par un virus.

« Depuis quatre ans, nous connaissons de 70% à 90% de mortalité chez les jeunes huitres. Sachant qu’il faut quatre à cinq ans pour atteindre la taille de vente, les prix flambent ! », constate Cyrille Marceau, ostréicultrice sur l’île d’Oléron. Son exploitation, comme celle de nombreux autres, pâtit de la mutation d’un virus bien connu, qui est devenu plus virulent.

« La responsabilité du virus OsHV1 variant μvar dans la forte augmentation des mortalités des juvéniles d’huitre creuse depuis 2008 est avérée, explique Benoît Beliaeff, Directeur du département ressources biologiques et environnement à l’Ifremer (Institut Français de recherche pour l’exploitation de la mer), dans une lettre interne. Nous savons désormais que la température de l’eau de mer et la transmission des agents infectieux d’un lot a l’autre influent sur le déclenchement des épisodes de mortalités. Mais de nombreuses questions subsistent et plusieurs études sont lancées pour tenter d’y répondre. »

Les avis divergent

Pour certains, c’est l’arrivée de la triploïde, une huitre rendue stérile (et donc non laiteuse) en laboratoire, qui a fragilisé les naissains. Née dans des bassins, elle est nourrie par des cultures de phytoplancton puis plongée en milieu naturel. C’est bien là le problème pour Cyrille Marceau, qui rappelle que si « 90 % des professionnels se mettent à faire des huitres d’écloseries, le plancton ne va pas se multiplier en conséquence. Cela déstabilise le schéma naturel. »

L’écloserie France Turbot du Groupe Adrien, spécialisé dans les produits de la mer, crée des naissains triploïdes, « pour satisfaire les ostréiculteurs qui veulent travailler l’été, pendant la période de reproduction, se justifie Michel Adrien, le fondateur. J’ai vu la qualité des eaux côtières se dégrader ces dix dernières années. Face aux changements que subit l’environnement, nous devons nous adapter et nous focaliser sur le premier problème : la pollution de l’eau. »

De son côté, Éric Marissal, PDG des écloseries Grainocéan -leader en France-, regrette que l’on ait laissé des huîtres naturellement sensibles au virus se reproduire, l’Ifremer ayant prouvé le caractère héréditaire de la transmission. Affaire à suivre.

 

Article extrait de Néoplanète 32

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone