L’Europe, victime du concombre tueur

La Commission européenne a lancé jeudi une alerte pour informer que le ‘concombre tueur’, un lot de légumes originaires d’Andalousie, est infecté par une bactérie : l’Eceh. Il a causé la mort d’au moins 15 personnes en Allemagne et 1 en Suède. NEOPLANETE fait le point.

  • Quelle est cette fameuse bactérie tueuse ?

La bactérie s’appelle l’E.coli enterohémorragique (Eceh). Elle est potentiellement mortelle car elle provoque des hémorragies dans le système digestif. Le syndrome affecte le sang, les reins et, dans les cas graves, le système nerveux central. Le principal réservoir des bactéries Eceh est le tube digestif des bovins.

  • Quels sont les concombres touchés ?

La bactérie a été trouvée en Allemagne dans trois concombres en provenance d’Espagne et un quatrième cucurbitacé qui pourrait venir des Pays-Bas, a précisé la Commission européenne. Les concombres d’Espagne viennent de deux régions : Malaga et Almeria. Les autorités espagnoles cherchent à localiser l’exploitation contaminée pour ensuite découvrir la cause de la contamination. Cette information sera déterminante, car elle permettra de localiser les pays où des lots de concombres contaminés ont été achetés. Selon la Commission, un lot de concombres parti des Pays-Bas et commercialisé en Allemagne est aussi l’objet d’un examen pour savoir s’il est également à l’origine de la maladie. La contamination aurait très bien pu se produire le long de la chaîne de distribution.

  • Quelle est la situation en Allemagne et dans les autres pays européens ?

L’Allemagne est le pays le plus touché. La bactérie aurait tué jusqu’à 16 personnes et 1000 autres sont malades. Des cas suspects ont été signalés en France, en Suisse, en Espagne, au Danemark, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Autriche. Hambourg est le principal foyer de cette épidémie qui touche jusqu’ici surtout le Nord du pays, selon l’Institut d’hygiène de Hambourg. Dans cette ville, 300 personnes ont été infectées ou présentent des troubles pouvant être associés à la bactérie, selon un bilan publié jeudi par les autorités. Par ailleurs, la clinique universitaire d’Eppendorf, à côté de Hambourg, où a été enregistré l’un des décès de samedi (28 mai), a annoncé avoir mis en place un  nouveau traitement pour les patients les plus sévèrement touchés. Mais il faut attendre plusieurs semaines pour savoir s’il est efficace, indique France 2. En Espagne, des échantillons issus des exploitations agricoles au sud du pays, d’où provenaient des concombres sur lesquels la bactérie avait été détectée, ont été envoyés à un laboratoire en Galice (nord-ouest) et les premiers résultats sont attendus aujourd’hui.

  • Et en France ?

6 Français ont été affectés par une forme virulente d’infection à la bactérie E.coli, mais leur état de santé n’est pas inquiétant, d’après l’Institut national de veille sanitaire. Il s’agit de personnes qui reviennent d’Allemagne, a indiqué samedi soir (28 mai) le ministre de la Santé Xavier Bertrand, selon l’AFP. Il a également mis en garde contre toute « forme d’affolement » face aux risque liés à l’ingestion de certains concombres: « A partir du moment où on ne consomme pas ce concombre, il n’y a pas les risques et les drames qu’il a pu y avoir en Allemagne », a-t-il assuré lors de l’émission « Revu et corrigé » sur France 5. Nous attendons toujours les résultats des analyses pour ces six français présentant les symptômes de la maladie.

  • Quelles conséquences pour les agriculteurs ?

« Notre préoccupation, aujourd’hui, est de savoir comment réagit le marché allemand. Avant-hier [samedi], il s’est fermé complètement à toutes les productions étrangères, y compris les françaises. Impossible de vendre un kilo de fruits ou de légumes en Allemagne, constate, très inquiet, Yves Aris, le président de la FDSEA 66 sur www.lindependant.fr/ . Outre l’impossibilité de vendre leurs productions en Allemagne, les agriculteurs catalans redoutent un reflux de marchandises en France, qui saturerait le marché et déstabiliserait les cours. Le patron du syndicat local chiffre à environ un millier le nombre d’exploitations des Pyrénées Orientales qui pourraient pâtir de cette dérégulation du marché et des cours européens des fruits et légumes, « soit 10 000 emplois », complète-t-il. La belgique a décidé d’interdire les importations de concombres venant des distributeurs espagnols. La Russie a également interdit les importations de légumes allemands et espagnols et pourrait étendre cette mesure à toute l’UE. L’Espagne a demandé « une réponse dans le cadre de l’Union européenne » pour les dommages irréparables » provoqués par les suspiscions sur le secteur agricole, publie Direct Matin aujourd’hui (31 mai).

  • Les concombres étaient-ils bio?

Oui. Fréderic Vincent, porte-parole des questions de consommation à la Commission européenne explique au quotidien Le Parisien : « Les productions incriminées étaient deux exploitations bio. On se demande si les engrais naturels sont en cause. » Les professionnels ne l’excluent pas à cause de l’humus utilisé qui contient des excréments d’animaux, possibles vecteurs de la bactérie sur les légumes ou dans l’eau d’arrosage. « Nos engrais organiques sont faits avec du fumier de cheval, de pigeon ou de bœuf, rarement avec du lisier de porc, rapporte au journal Patricia Juthiaud, PDG de Paysans.fr, qui rassemble 160 agriculteurs dont 60 % bio. Le souci est qu’en Espagne, comme en Italie ou au Maroc, les producteurs ne respectent pas bien les normes. Même s’il y a un label bio européen, ces élevages industriels ne sont pas sûrs. C’est le problème de la mondialisation. Chez nous, chaque producteur est contrôlé plusieurs fois par an mais à chaque fois qu’il y a des crises ça nous retombe dessus. J’ai tellement confiance que je n’ai même pas demandé à mes adhérents de faire de nouvelles analyses. »

  • Y a-t-il des risques sur d’autres légumes ?

Etant donné la vitesse de la propagation de la maladie, les autorités sanitaires allemandes ont déconseillé la consommation de tomates, de concombres et de salades crues.

  • Conseils pratiques

Les personnes ayant récemment voyagé en Allemagne doivent être attentives aux symptômes de la maladie qui se traduit par des diarrhées et du sang dans les selles, des maux de tête et de vives douleurs au ventre. Xavier Bertrand a rappelé les règles d’hygiène et la nécessité de bien laver les légumes, mais il n’a pas jugé nécessaire de les cuire ou de les éviter, soulignant que le lot identifié « a bien été retiré de la circulation », à propos du lot de concombres originaires d’Espagne qui a été identifié dans le Morbihan. Par précaution, il faut également éviter les fruits et légumes provenant d’Espagne. Enfin, mieux vaut acheter « local » en agriculture raisonnée que bio provenant de contrées lointaines… Dans un de ses communiqués, la fédération des Producteurs de Légumes de France affirme que « les producteurs de concombres de France  travaillent dans des conditions de production sanitaires, environnementales et sociales exigeantes qui n’ont rien à voir avec celles pratiquées en Espagne. »   C’est pourquoi la fédération conseille aux consommateurs d’ exiger l’origine France dans leurs supermarchés et  détaillants.

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