Tourisme :

Les pionniers de l’écotourisme

Sauver les campagnes françaises, accueillir les citadins dans un environnement naturel préservé, favoriser les échanges entre urbains et ruraux. La dernière directive du ministère de l’écologie ? En réalité, une idée qui a germé dans les années 50. Décryptage.

IMG_0445Il y a soixante ans, l’écologie n’était pas encore au cœur des préoccupations sociétales. Et le tourisme visait plutôt la massification et l’industrialisation du secteur. Pourtant, c’est dans cette période de l’après-guerre qu’est apparu un nouveau concept d’hébergement chez l’habitant. Précurseur et avant-gardiste. Six décennies plus tard, il répond en plein aux nouvelles exigences de développement durable et d’offre touristique.

IMG_0457Freiner l’exode rural, participer à la rénovation du patrimoine et du bâti de nos campagnes, promouvoir les séjours touristiques en y intégrant la dimension humaine, c’était le vœu, en 1950, d’Émile Aubert, sénateur du département des Basses-Alpes, devenu depuis les Alpes-de-Haute-Provence. Avec l’aide de quelques agriculteurs et d’élus locaux, il inaugure, dès 1951, un gîte pilote chez Denise et Lucien Roche, dans le petit hameau de Chaudol. Au départ, juste une grange réhabilitée, au pied des Alpes, chez un couple de cultivateurs et d’éleveurs de moutons. Succès immédiat. « L’argent du gîte nous paie le pâturage en montagne du troupeau de 140 brebis, mais cela nous fait aussi une compagnie quand la journée de travail est terminée, on reste souvent une heure à discuter avec les vacanciers. On est heureux ainsi », se réjouissait à l’époque Lucien Roche. Les Gîtes de France sont nés.

En 1955, la Fédération nationale voit le jour et les propriétaires affluent pour adhérer à la charte du réseau, avec au cahier des charges : accueil de qualité et normes de confort. En 1969, le fameux « Épi » apparaît comme un marqueur symbolique de la labellisation des hébergements, avec un classement allant de 1 à 3 épis pour les plus haut de gamme et qui évoluera au fil des ans. Dans le même temps, la Fédération initie la formule « chambre d’hôtes », incluant le fameux petit-déjeuner, devenu symbole de ce nouveau concept d’hébergement. Moment précieux où se noue l’échange entre propriétaires et vacanciers autour du pain, des confitures ou du fromage fabriqués sur place, à la ferme, ou dans les environs. Les premiers circuits courts en somme. Et un modèle économique précurseur de ce que sera la tendance des dizaines d’années plus tard.

Pour un séjour éco-responsable

DSCN2231Dès 1974, Gîtes de France inaugure à Paris sa Maison du « Tourisme vert », avec pas moins de 3000 visiteurs sur le premier trimestre. A l’époque, le green washing n’était pas de mise, à l’inverse des opérations de communication de nombreux acteurs touristiques d’aujourd’hui. Pas de hasard si, au début des années 1990, Gîtes de France initie un partenariat avec les Parcs naturels régionaux et WWF pour la création de gîtes Panda, situés à proximité de sentiers de randonnées et d’observatoires de la nature. En 2007, avec l’Ademe et la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, le premier « Écogîte » est créé dans les Bouches-du-Rhône. Incluant un cahier des charges strict qui garantit des performances environnementales et énergétiques dans l’hébergement, avec l’utilisation de matériaux sains et locaux pour le bâti et une intégration respectueuse de l’environnement. Au vu du cahier des charges, très lourd, on peut se demander s’il ne constitue pas un frein contre-productif pour le développement de tels hébergements. Pour Anne-Catherine Péchinot, directrice générale de Gîtes de France : « C’est un gage de qualité et un investissement indispensable qui assure une démarche sincère, réfléchie et durable. » Chaque année, ce sont plus de 473 millions d’euros qui sont investis par les propriétaires pour l’entretien et la rénovation de leur patrimoine. Mais il s’agit aussi d’associer les hôtes à ces fondamentaux du tourisme durable. Les hébergements « Éco-gestes » viendront parfaire le tableau en 2012, les propriétaires s’engagent alors à sensibiliser leurs visiteurs pour un séjour éco-responsable. Autre bénéfice collatéral, celle de l’émancipation des femmes d’agriculteurs, lesquelles bénéficient grâce à cette activité annexe d’un statut et d’une activité professionnelle dans laquelle s’épanouir. C’est aussi la promotion d’activités sportives, équitation, pêche, cyclotourisme…

Aujourd’hui, avec 47 000 adhérents propriétaires et 60 000 hébergements, Gîtes de France est le chef de file français et européen de l’hébergement chez l’habitant. A l’orée de la COP 21 qui se profile, le pari fait, il y a 60 ans, sur des valeurs qui se révèleront des impératifs aux yeux de la planète tout entière, s’est avéré payant. Tant en termes économiques que pour une certaine vision de la société. La cause était noble et pionnière, et avec elle naissait le tourisme durable et collaboratif. Un bel anniversaire.

Les bons plans de Néoplanète

Deux belles adresses alpines d’hébergements Gîtes de France que nous avons pu visiter.

Alpelune, à Puy-St-VincentChambre avec vue

Alpelune, à Puy-St-Vincent.
Un gîte construit par Ilonka et Vincent, un jeune couple néerlandais, amateur de sports d’endurance et de nature. L’accueil, la vue sur les Alpes et la table d’hôtes sont les points forts de ce beau chalet 4 épis qui dispose de 8 chambres, d’un sauna et d’une terrasse au pied de la montagne.
À partir de 57 euros la nuitée en demi-pension (Réf. 9444).

Nature et découvertes

L’Auberge de Moissières, à Rabou.
Une ancienne ferme du XIIe siècle, tenue par James Stanzer, un cuisinier de métier qui met en valeur sur sa table les produits du terroir. Idéal pour un départ vers des randonnées montagnardes. Shiatsu, cours de cuisine et accueil des cavaliers. Quatre chambres en 2 épis, à partir de 25,50 euros la nuit (Réf 2121).

Plus d’infos : www.gites-de-france.com

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Jean-Michel Véry

Guitariste, compositeur, après dix ans de bons et loyaux services auprès de musiciens comme Andy Chase, Laszlo de Trèbes ou Vivien Savage, il débranche pour le journalisme et collabore avec L’Optimum, Le Figaro, Politis… Un père anglais et une mère égyptienne, aux ascendances touaregs, lui confèrent génétiquement le goût du voyage. Il signe régulièrement la rubrique « tourisme » pour Néoplanète.