Les OGM ont toujours la banane, hélas !

NCI_06Une banane OGM dopée en bêta et alpha carotènes, des précurseurs de la vitamine A, s’apprête à être testée sur l’homme aux Etats-Unis. Développée depuis 2005 par des chercheurs australiens de la Queensland University of Technology avec l’argent de la Fondation Bill et Melinda Gates, elle a pour but de lutter contre les carences en vitamine A dans les pays pauvres.

Cette question est cruciale puisque l’UNICEF estime qu’un apport suffisant en bêta-carotène permettrait d’éviter le décès d’un à deux millions d’enfants par an à travers le monde. Les tests devraient commencer prochainement et durer 6 semaines. Ils auront pour but de mesurer les taux en vitamine A des cobayes avec donc pour objectif de vérifier l’efficacité de cette banane. D’éventuels effets négatifs ne semblent ainsi pas être pour l’instant envisagés… Si tout se passe bien, les chercheurs de Bill Gates devraient commercialiser leur banane en Afrique au plus tôt en 2020.

Ce nouveau « bijou » de biotechnologie ne peut qu’évoquer le fameux riz doré. Créé en 1999, il devait « sauver un million d’enfants par an » grâce à un taux dopé de…carotène. On en attend malheureusement encore les succès. Un peu à la manière de la fusion nucléaire ou des biocarburants de 3ème génération dans le secteur de l’énergie, toutes ces révolutions génétiquement modifiées (plantes poussant dans le désert) ne doivent surtout pas faire perdre de vue la réalité de l’action des grands groupes semenciers. Plutôt que de se fier aveuglément aux effets d’annonce, déléguons plutôt à nos (petits ?) enfants le soin de juger ces miracles auto-proclamés sur pièces.
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Que recouvre aujourd’hui l’anagramme « OGM » ? Majoritairement, il s’agit de plantes auxquelles on a greffé un gène de résistance à un ou plusieurs pesticides. Ces derniers sont par ailleurs aimablement vendus par la compagnie productrice d’OGM elle-même. Toujours suivant la logique productiviste, ces plantes transgéniques se retrouvent dans de grands champs de monoculture. Les effets régulièrement dénoncés de ce système sont une réduction de la biodiversité (plus de 80% des espèces cultivées ont été abandonnées au cours du siècle dernier au profit de quelques grosses variétés) et un appauvrissement progressif des sols. Si l’on regarde à présent les conséquences socio-économiques, on voit l’installation progressive d’une dépendance totale des paysans envers les multinationales semencières. Les variétés de graines qu’elles leur vendent sont en effet stériles. Ils se retrouvent ainsi amputés du de la possibilité même de semer leurs propres graines et doivent continuellement se fournir auprès d’un fournisseur alors en position de lui imposer ses conditions. « Qui contrôle la nourriture contrôle les populations…» selon la phrase attribuée au célèbre diplomate américain Henry Kissinger.

Telle a toujours été et telle est encore la réalité contemporaine des OGM. Sous réserve que son innocuité et que son efficacité viennent à être démontrées, on peut bien sûr toujours espérer que « Super-Banane » serve un jour (lointain) à quelque chose. En attendant, la simple ironie de cette déjà ancienne vidéo de l’émission humoristique Groland devrait suffire à nous vacciner contre les jeux d’image pervers :

 

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A l'issue de sa prépa bio au Lycée Chaptal, à Paris, Arnaud intègre l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse (ENSAT). Avant de rejoindre Néoplanète, il a fait ses premières armes de journaliste à Ça m’intéresse et Science&Vie Junior.