Les nouveaux carrosses écolos

Les véhicules respectueux de l’environnement sont souvent une vitrine technologique pour les constructeurs. À l’occasion de ce numéro consacré au luxe, Néoplanète s’est intéressé à plusieurs modèles représentatifs de la tendance. L’expression « voiture de luxe écolo » n’est plus tout à fait un oxymore.









Étonnamment, la France n’est pas absente de ce marché des automobiles vertes haut de gamme grâce à une grand-mère de plus de 70 ans : la Licorne de Mildé-Kriéger construite par un petit fabricant de la région parisienne, spécialisé dans les véhicules électriques… d’avant-guerre. Avec le moteur à combustion, se déplacer à la force de l’électron était déjà l’une des deux solutions les plus prometteuses à la fin du XIXe siècle. De nombreuses voitures de série fonctionnaient avec des batteries, depuis le premier modèle du genre, la Phaeton de Jeantaud en 1894. En Angleterre, les laitiers et les postiers, qui devaient s’arrêter fréquemment lors de leurs tournées, privilégiaient ce mode de transport en raison de son côté pratique. Et il n’y a pas si longtemps encore, dans les années 1960, des bus électriques circulaient tout autour des aéroports parisiens.
Après la Seconde Guerre mondiale, la production de véhicules à essence explose au détriment des voitures électriques. Raisons invoquées : le manque d’autonomie de ces dernières et l’impossibilité de recharger rapidement leurs batteries. Un choix dont nous subissons, à présent, les conséquences avec les bouleversements liés aux gaz à effet de serre et, notamment, le fameux CO2 que dégagent nos chères autos.


L’ÉLECTRIQUE DE NOUVEAU DANS LA COURSE

C’est en partie grâce à la prise de conscience des consommateurs que les voitures propres ont commencé à repointer le bout de leur calandre il y a dix ans, avec un prototype hybride, la Prius de Toyota. Devant son succès – 2,5 millions d’exemplaires vendus – et, surtout, à cause de la crise économique et de la hausse du prix du carburant, la plupart des constructeurs proposent aujourd’hui un modèle vert dans leurs gammes. Les véhicules de luxe, eux, rejettent souvent deux, trois, voire quatre fois plus de GAS (gaz à effet de serre) que les voitures de tourisme de M. et Mme Tout-le-Monde. Alors, si ce n’est pas encore demain qu’on verra une Rolls-Royce électrique ou une Ferrari à hydrogène, ce sera sûrement pour après-demain, car plusieurs de leurs prestigieux concurrents planchent sur le concept.

UN SECTEUR EN VITESSE DE CROISIÈRE

Certains de ces fabricants commercialisent des modèles qui complètent leurs gammes thermiques, comme Porsche ou Mercedes, alors que d’autres misent sur les voitures zéro émission, tels que Fisker ou Tesla. Les technologies développées par leurs ingénieurs sont novatrices. Par exemple, les distances avant le rechargement, le point faible des électriques, atteignent maintenant les 500 km d’autonomie. Les hybrides, elles, combinent soit une propulsion électrique associée à un moteur classique, soit une thermique qui recharge les batteries du moteur à électrons.
La dernière des technologies vertes est celle de l’hydrogène : ce gaz est transformé en électricité et ne rejette… que de la vapeur d’eau. Pour l’heure, aucun véhicule de ce type n’est disponible à la vente. En revanche, il est possible de les louer. Et si les voitures vertes ont le vent en poupe, se pose déjà le problème de la production des sources primaires d’énergies qu’elles utilisent, mais ça, c’est encore une tout autre histoire.

Plus d’infos sur le site de l’Ina, avec le reportage intitulé « À quand la voiture électrique ? »

LA LICORNE DE MILDÉ-KRIÉGER : LA DOYENNE

À votre avis, depuis quand la voiture électrique existe-t-elle ? Près de cent cinquante ans. Louis Kriéger et Charles Mildé, deux ingénieurs, construisaient déjà des fiacres électriques à la fin du XIXe siècle, avant de concevoir et d’industrialiser un prototype haut de gamme tout électrique. Baptisé La Licorne, ce modèle atteignait 90 km/h, pour une autonomie de 90 km. Plus de cent exemplaires sont sortis de l’usine de Courbevoie, de 1941 à juillet 1942, date à laquelle l’occupant allemand a interdit toute fabrication automobile française. À la Libération, les voitures à essence prirent peu à peu le pas sur leurs rivales qui disparurent totalement de la circulation.

LA PORSCHE PANAMERA S HYBRID : LA PLUS TECHNOLOGIQUE

Avec son moteur électrique de 47 chevaux qui marche en tout électrique jusqu’à 80 km/h, la Porsche Panamera mise sur le sport confort. Grosse innovation dans l’automobile, le mode croisière désactive le moteur thermique de 333 chevaux et met le véhicule en roues libres sur autoroute, lorsque la vitesse est stabilisée. Ses autres fonctionnalités ? Le Start and Stop et la récupération d’énergie au freinage. L’aluminium, utilisé pour le châssis, allège son poids. Ce modèle revendique une consommation d’essence de 7,6 l, ce qui le place à peu près au niveau de la Mégane R.S., la plus puissante des Renault qui, elle, « n’est dotée » que de 265 chevaux. Certes,la  Panamera S Hybrid coûte beaucoup plus cher (environ 106 000 euros) quela Toyota Prius (22 985 euros), mais elle est trois fois plus performante. On mesure les progrès accomplis par le constructeur allemand, les rejets de CO2 étant stabilisés en dessous de 170 g/km par une kyrielle de technologies. À son volant, vous n’aurez pas de bonus écologique, mais vous émettrez 84 g de moins, à puissance égale, que la version essence.

LA S DE TESLA : LA SPORTIVE FAMILIALE

Fabriquée aux États-Unis, la S est l’un des fers de lance de la production automobile verte, tant par ses performances que par ses solutions techniques. Cette sportive familiale transportera jusqu’à sept personnes et passera de 0 à 100 km/h en 5 secondes environ, ce qui n’est pas vraiment adapté à des vacances tranquilles en famille ! Il sera possible de la recharger en quarante-cinq minutes à des bornes rapides. L’alliance du bloc batteries, qui sont installées sous le plancher, et de la structure de la carrosserie permet de garantir la stabilité du véhicule. Commercialisée en 2012, la S doit relancer Tesla, le premier constructeur mondial de voitures électriques, qui a reçu une subvention de 465 millions de dollars du gouvernement Obama, à l’occasion du plan de sauvetage du secteur. Pour ce fabricant, le futur sera vert ou ne sera pas.

LA MITSUOKA HIMIKO : L’AUTONOME

Elle détient un record d’autonomie en tout électrique réalisé sur circuit : avec un départ, un matin, à 8 h, la Mitsuoka Himiko ne s’est arrêtée ensuite que pour changer de conducteur et a roulé jusqu’à 19 h, après avoir parcouru 587 km. En décomptant les arrêts techniques, la vitesse moyenne a été établie à 55 km/h. Le châssis, qui a été rallongé, s’inspire d’une cousine thermique, la Mazda MX-5. Les batteries et le petit moteur de 80 chevaux sont disponibles dans le commerce. Cette reine japonaise prouve que les grands constructeurs mondiaux n’ont pas le monopole de la voiture électrique, puisqu’elle a été conçue par une petite équipe de chercheurs de la firme nipponne.

LA CONCEPT-ONE DE RIMAC : LA SURPUISSANTE

Voici sans doute la supercar électrique la moins écolo qui soit. Sur le papier, ses performances en attestent : 305 km/h de vitesse de pointe, le 0 à 100 km/h en moins de 2,8 secondes, mieux que la plus puissante des Ferrari jamais construites, la 599 GTO qui, elle, dépasse les trois secondes. Pour en arriver à une telle débauche d’énergie, chacune de ses roues possède son propre moteur (soit un total de 1 088 chevaux). Plus étonnant : une autonomie annoncée de plus de 600 km. Le prix de ce concept-car reste à déterminer, mais déjà deux riches clients d’Abu Dhabi auraient signé un chèque d’acompte.

LA FISKER KARMA : LA VÉGÉTALIENNE

L’intérieur de ce véhicule est « animal free », ce qui signifie qu’aucun cuir n’est utilisé. Un argument très apprécié des stars américaines. C’est aussi le cas de la majorité des modèles de luxe qui se vendent Outre-Atlantique. Même Mercedes et ses déclinaisons AMG réputées hyper-sport présentent des versions végétaliennes habillées d’étoffes précieuses. Grâce au moteur électrique, la consommation serait de 3,5 l/100 km pour seulement 83 g/km de CO2. L’autonomie atteint environ 80 km en mode électrique pur, auxquels s’ajoutent 400 km dès que le moteur essence prend le relais pour entraîner les roues. Et la recharge complète des batteries réclame six heures sur une prise classique de 220 volts.

CIEL DE CADILLAC : LA PLUS IMPROBABLE

Ce cabriolet est un paradoxe roulant, tant son design extérieur, inspiré des modèles de la marque des années 1960, ne laisse pas deviner qu’il abrite un petit cœur vert. Son moteur électrique lui permet de rouler plusieurs kilomètres sans démarrage du bloc à essence et de revendiquer le statut très recherché d’hybride. C’est l’une des voitures de luxe les plus écologiques du marché, et sa batterie au lithium fait entrer la marque centenaire dans le XXIe siècle. La Ciel mesure tout de même 5,17 m, montée sur des jantes de 22 pouces, que ne renierait aucun fan de tuning. Quant à la puissance maximale, elle culmine à 425 chevaux, essentiellement fournis par la partie thermique du bloc propulseur. Toutefois, vu le poids de la bête qui dépasse les deux tonnes, on se demande si le moteur électrique n’est pas uniquement une caution écologique. Pour l’instant, l’engin n’est qu’un concept, mais les réactions positives lors de sa présentation présagent d’un modèle de série probablement plus sage et, surtout, plus green.


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