Les monnaies sociales et complémentaires, solution à la crise ?

TAOA vachezPendant la crise, beaucoup (re)découvrent l’entraide entre voisins et la vie de quartier. D’autres vont plus loin en créant des monnaies locales ou des clubs de troc. Pour soutenir ces initiatives, l’association TAOA (There Are Other Alternatives) a vu le jour il y a 2 ans. Le but : aider au développement de ces nouvelles monnaies, mais aussi peser dans le système économique moderne.

Pour en savoir plus, nous avons rencontré Matthieu Vachez, cofondateur de l’association.

 

Peut-on vivre sans argent ?

Je ne pense pas que la question se pose comme ça. On a besoin de la monnaie : elle permet de fixer une valeur, d’échanger… C’est important. Le problème, c’est ce qu’elle est devenue : un outil avant tout de spéculation. Aujourd’hui, il faut la remettre au service de l’homme et de la nature, et trouver d’autres systèmes de « monnaies » qui permettront de combler les imperfections de l’euro,  de mieux répondre aux besoins des gens, et d’amortir les chocs en cas de crise. N’avoir que l’euro, c’est un peu dommage.

Quelles sont les autres options ?

Nous comptons 3 catégories de monnaies sociales et complémentaires : les clubs de trocs, où l’on échange des biens et des services sans avoir recours à l’argent (les échanges sont comptabilisés en temps ou en points au sein d’une même association) ; les monnaies locales et complémentaires, garanties à la banque, et qui permettent de consommer social et solidaire au sein d’une zone définie (un quartier, une ville, une région…) ; et enfin le « barter », du troc inter-entreprises.

Quels sont les avantages de ces systèmes, selon vous ?

Ils sont multiples. Dans un club de troc, par exemple, si 1h de ménage équivaut à 1h de jardinage, c’est un moyen efficace d’écraser les différences et de revaloriser les compétences de chacun. On pousse  les gens à se poser des questions : Quelle est la valeur de mon travail ? Qu’est ce qui a de la valeur pour moi ? Quelles règles appliquer ? Ils deviennent acteurs. Les monnaies locales, elles, leur permettent de se réapproprier des sujets complexes comme la création monétaire.  Et également de développer un quartier : puisque « l’argent » ne peut pas sortir de la zone, il ne pourra être dépensé que chez l’agriculteur, l’artisan, le commerçant du coin. L’intérêt non dit, c’est aussi de réorienter des capitaux vers une autre économie, une économie plus sociale et solidaire. Par ma consommation, je décide quelle économie j’ai envie de soutenir. Passer de consommateur, à consommaCteur.

Les monnaies locales sont pourtant très liées à l’euro et au système classique…

Oui, sauf qu’on ne peut pas les épargner ou spéculer dessus. Elles circulent beaucoup plus. Si l’on a changé son argent en Abeille (monnaie de Villeneuve-sur-Lot) ou en Occitan (monnaie de Pézenas), on peut le récupérer en euros à tout moment. Et les commerçants partenaires intègrent les « nouveaux » billets qu’ils reçoivent dans leur trésorerie et les déclarent au même titre que des euros.

 

En page suivante, la suite de l’interview. On fait le point sur l’étendue des monnaies locales en France.

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