Les makers veulent refaire le monde !

Une tendance plus large : la « consommation collaborative »

Le Système D ne date pas d’aujourd’hui mais la débrouille s’adapte et s’organise, qu’il s’agisse des échanges, du troc, voire du don (www.recupe.net : « ici on donne »), des achats groupés… La différence ? Le web qui donne sa puissance au mouvement et sa capacité d’agir à plusieurs niveaux, sociologiques ou géographiques. Ainsi le covoiturage, proposé par de nombreux sites (BlaBlaCar, covoiturage-libre.fr), a démodé l’auto-stop. Le TGV n’y échappe pas avec TrocTrocTrains, qui revend des billets non échangeables ou non remboursables. Autre phénomène : l’hébergement collaboratif (BedyCasa ou Airbnb) qui touche des millions de clients. Tendance liée à la crise, les plateformes de financement collaboratif (kisskissbank), aident à réaliser des projets « créatifs et innovants ».

Ces nouvelles entreprises se revendiquant de la consommation collaborative peuvent déboucher sur des alternatives crédibles. Mais elles peuvent aussi être récupérées par l’économie traditionnelle qu’elles finissent par concurrencer dès qu’elles prennent du poids.

 

Une liberté limitée, l’exemple de MakerBot. 

makerbot-replicator-2L’imprimante 3D pour tous est née en 2009 dans un garage de Brooklyn.
Ses concepteurs, qui ont créé la société MakerBot, ont ensuite mis sur le marché un kit pour que chacun puisse construire sa propre imprimante 3D et fabriquer ses propres objets. Une fois le kit acheté, toutes les spécifications (logicielles et matérielles) ont été mises à la disposition de la communauté des acquéreurs en matériel libre (open hardware) avec un mode d’emploi, lui aussi libre d’accès (open source). Toutes les instructions sont donc disponibles gratuitement. L’esprit communautaire était bien là, celui de l’échange aussi, MakerBot ayant même encouragé la naissance d’une communauté de partage des objets créés grâce à sa machine tandis que les imprimantes elles-mêmes se perfectionnaient dans le même esprit.

En 2011, une société de capital-risque a investi 10 millions de dollars chez MakerBot pour lui donner un nouvel élan mais en 2013, la société israélienne Objet-Stratasys rachète MakerBot pour 400 millions de dollars : les sources de la dernière version de l’imprimante 3D sont alors fermées au moment où sort le nouveau modèle, le Replicator 2. Stratasys affirme vouloir garder le modèle communautaire de MakerBot, mais la nouvelle imprimante n’est plus libre, ni dans ses sources de fabrication, ni dans le fichier numérique permettant de créer les objets. Cela donne une idée des enjeux.

Autre exemple, celui du Raspberry Pi, cet ordinateur à 30 dollars de la taille d’une carte de crédit. Conçu au Pays de Galles par un créateur de jeux vidéo, il a vite attiré l’attention de Sony, qui avait une usine dans la région. La firme japonaise a donc proposé au créateur de le fabriquer en série. Plus d’un million de Rasperry Pi ont déjà été produits. Dans les deux cas, le rêve a été rattrapé par des industriels plus soucieux de récupérer les bonnes idées que de consommation collaborative. A quand les bureaux d’étude externalisés dans une communauté de Makers ?

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.