Alimentation :

Les Français de plus en plus accros au « bio »

A force d’entendre parler des effets néfastes des pesticides sur la santé, on dirait que les Français ont compris et ils achètent de plus en plus d’aliments biologiques, ceux qui sont marqués du logo ‘AB’.

Récolte potager à taille humaine.
Récolte potager à taille humaine, Pixabay

Si les surfaces cultivées en bio ont nettement progressé en 2015 (+ 17%), c’est bien parce que les consommateurs en redemandent, selon le bilan de l’Agence Bio présenté jeudi. Le marché des produits bio en France a en effet progressé de 10 % en 2015 et représente 5,5 milliards d’euros. Fin 2015, les surfaces en agriculture biologique ont atteint 1,3 million d’hectares (220 000 hectares de plus en un an) soit 5% des terres agricoles (2% en 2007). Désormais l’agriculture bio est pratiquée par 29.000 exploitants et fait vivre 100.000 salariés et 13.500 transformateurs. Du coup, la France est devenue le troisième pays bio d’Europe.

Selon un sondage de l’Agence bio, 27% des Français achètent des produits bio une fois par semaine, contre 19% en 2014. Ce sont en général des produits frais comme les fruits et légumes, les œufs, les produits laitiers et les jus de fruits.

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Pixabay

Aujourd’hui, les discours des producteurs de produits dits phytosanitaires (plus de 50 milliards d’euros par an) et même du patron de la FNSEA ne rassurent plus, surtout lorsque le très officiel médiateur européen rappelle les conséquences « particulièrement préoccupantes » des pesticides sur la santé humaine. Car si les pesticides servent à se débarrasser de tout ce qui embarrasse l’agriculture industrielle, ils tuent aussi toute la vie alentour et on sait à quel point les abeilles en pâtissent. Les abeilles, les insectes, les sols en souffrent et l’air que nous respirons. La pollution aérienne par les pesticides est telle que la Cour des comptes a même réclamé qu’ils deviennent un polluant réglementé, ce qui n’est toujours pas le cas.

Mais la préoccupation des agriculteurs qui passent au bio n’est pas seulement écologique. La nature y gagne mais eux aussi : pas d’agriculteurs bio dans les manifs car ils vivent mieux. Lorsque la tonne de lait conventionnel tourne autour de 300€ la tonne, elle est à 430€ pour le lait bio et le prix est stable. Et l’éleveur qui laisse ses vaches paître dans son pré au lieu de les enfermer, il fait aussi l’économie des tourteaux de soja OGM importés du Brésil !

En revanche, si les consommateurs comprennent l’intérêt du bio, on ne peut pas en dire autant des pouvoirs publics qui n’ont pas anticipé l’afflux de nouveaux agriculteurs. Le système d’aide à la conversion n’est pas à la hauteur des demandes. Les aides censées tenir jusqu’à 2020 sont déjà épuisées dans plusieurs régions et plafonnées dans d’autres. La situation de l’agriculture bio en France ressemble à celle des énergies renouvelables. Plébiscitées à la COP21, elles peinent en France à sortir de leur niche énergétique comme si elles gênaient la pensée dominante.

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.