Les crèches écolos, ça change quoi ?

De l’éco-conception des bâtiments à lutte contre la pollution intérieure, les initiatives durables se multiplient dans les établissements de la petite enfance. Sans surcoût pour les parents. Petit tour de France des crèches les plus vertes.

L’air intérieur des crèches est un nid à pollution. Rendue publique en mars 2009, une étude de l’Association Santé Environnement (ASE) a en effet mis en évidence des taux de benzène, émanation des gaz d’échappement, et des émissions de formaldéhyde, un cancérigène avéré, anormalement élevés. « Ces composés organiques volatiles sont présents dans les peintures, parquets, bois aggloméré, colles ou encore solvants, précise le pédiatre Patrice Halimi. Notre étude a suscité une prise de conscience, mais il faut maintenant dépasser le temps du constat. Or, pour le moment, aucune charte nationale n’a été adoptée et aucun matériau toxique n’a été interdit dans les crèches. » La secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, Chantal Jouanno, a annoncé en septembre dernier une campagne de mesure de la qualité de l’air dans 150 établissements scolaires. Sans mettre en place de mesures concrètes.

Les initiatives pour rendre les crèches plus vertes se multiplient

De plus en plus de municipalités jouent la carte de l’écologie. Modèle du genre ? La crèche municipale Hérold située dans le 19ème arrondissement de Paris. Inauguré en 2007, ce bâtiment répond aux normes HQE (Haute Qualité Environnementale). Ses 60 m² de capteurs solaires assurent 40% des besoins en eau chaude. La végétalisation de la toiture permet de retenir 30 à 50% de l’eau de pluie et des capteurs infrarouges limitent le gaspillage au robinet. A l’intérieur, les peintures sans solvants et revêtements naturels règnent en maître. Tout comme les biberons sans bisphénol A, les produits ménagers écolos et le linge en coton bio. « Toutes nos nouvelles crèches répondent désormais au cahier des charges établi pour Hérold, souligne Christophe Najdovski, adjoint au maire chargé de la petite enfance. Notre première crèche passive va également voir le jour dans le 15ème arrondissement. Côté alimentation, les repas sont bio à 20% en moyenne dans toutes nos crèches, l’objectif étant de passer à 30% d’ici 2014. »

Depuis quelques années, les réseaux de crèches écolos se développent eux aussi à grande vitesse, à l’image de « Babilou », des « Crèches 1,2,3 soleil » ou encore d’« Agapi ». A l’intérieur de ces réseaux, les cas de figures sont multiples, des crèches anciennes qui passent progressivement au bio aux nouvelles qui sont entièrement éco-pensées dès leurs débuts. « Nous n’imposons pas de normes écologiques, précise Alix Got, responsable du réseau Babilou. Certaines de nos crèches sont pilotes en matière d’éco-conception, d’autres testent les repas bio. Les savoir-faire se diffusent ensuite dans le reste du réseau. » Les initiatives prises par les équipes sur le terrain jouent donc un rôle primordial dans la conversion au bio. « Nous surfons beaucoup sur les blogs de mamans écolos, raconte Stéphanie Bée, directrice d’une crèche parisienne Babilou. Nous y avons notamment déniché une recette pour réaliser notre propre liniment oléo-calcaire. Ce produit naturel nettoie les fesses des bébés et les préserve des irritations. Les parents adorent ! »

Le réseau « Crèches 1,2,3 soleil » comptera lui 15 établissements responsables en France d’ici la fin de l’année. « Nous construisons des établissements bioclimatiques passifs en ossature bois et isolation en paille, explique le co-fondateur Marc Duez. L’intérieur des crèches est exempt de composés organiques volatiles nocifs et les repas sont 100% bio. Nous avons essayé les couches lavables dans une crèche de 40 enfants, mais le test n’a pas été concluant. Il faudrait une personne à temps plein pour gérer le lavage et le séchage des couches. Nous avons donc opté pour des couches jetables biodégradables à 80%. »

Le label Ecolo crèche

La multiplication des crèches écologiques passe enfin par le dynamisme de certaines associations. A l’image de « L’atelier méditerranéen de l’environnement » dans la région PACA. « Après avoir établi un diagnostic de la crèche, nous proposons au personnel la mise en place de pratiques durables au quotidien dans un esprit participatif et progressif », résume Claire Escriva, fondatrice du label « Ecolo crèche », attribué à une dizaine d’établissements. « Les petits adorent jardiner ou s’occuper d’un potager, ajoute-t-elle. Pourquoi ne pas leur proposer des ateliers en lien avec la nature ? Ils se rendront compte que tel fruit pousse en été, et pas en hiver. » Autres activités en vogue chez les écolos en culotte courte : la pâte à sel et la pâte à modeler maison, la poterie avec de l’argile ou encore la peinture… végétale, bien sûr.

Plus d’infos : www.babilou.com, www.creches123soleil.fr, www.agapi.fr, www.ecolo-creche.frwww.am-environnement.org

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