Portrait de végétariens :

« Les bons chrétiens » ne mangeraient pas de viande

Même si Darren Aronofksy a voulu en faire une allégorie symbolique dans son dernier film, Noé n’était pas végétarien. Les cathares oui. Zoom sur ce peuple se réclamant du Christ mais persécuté par l’Église catholique.

Photo Creative Commons
Photo Creative Commons

Imaginez le sud de la France au XIIème siècle : c’est l’époque médiévale et le territoire est partagé entre plusieurs royaumes ; le tout s’unifie autour de la sainte couronne du Pape. L’Église catholique, telle une prêtresse, règne en force, et gare à ceux qui pourraient contredire son autorité. Malheureux soient les cathares qui seront jugés infâmes hérétiques !

Appelés les « bons chrétiens » ou les « Parfaits », cette communauté respectait littéralement les enseignements tirés des Évangiles et s’abstenait, en conséquence, de « tout ce qui fait gras », c’est-à-dire de la viande, des œufs, des laitages et de toute graisse animale (très utilisée pour les cuissons à l’époque). Ils voyaient le monde sous un prisme manichéen, avec Dieu d’un côté, symbole de l’esprit, et Satan de l’autre, représentant du corps et de la matière. La création du monde se serait produite sous l’union des deux oppositions : notre corps (la matière) serait ainsi la source du mal, depuis laquelle notre esprit devrait s’élever (en respectant rigoureusement les lois évangéliques) pour espérer le salue de Dieu et l’entrée au Paradis.

Refus catégorique d’être violent contre une créature « ayant du sang » 

Les cathares étaient farouchement opposés aux principes hiérarchiques de l’Église catholique romaine et à sa façon de vivre dans la richesse. À ce refus de la hiérarchie, l’égalité des sexes était de coutume chez eux, chose scandaleuse aux yeux du Pape, qui pensait que la femme (sans remettre en cause sa dignité) était incapable d’exercer certaines professions, comme la transmission de l’enseignement catholique.

Le régime alimentaire cathare s’explique par une volonté de garder un corps pur et de respecter la vie : ils avaient peur de manger un être vivant doté d’une âme, et estimaient fort probable que les animaux en ait une. En ce sens, manger de la viande était inconcevable et s’apparentait à de la sauvagerie. Mais ils consommaient des poissons et des crustacés. Chose que l’on pourrait aujourd’hui prendre pour une incohérence, mais qui s’explique simplement par le fait qu’à cette époque, les hommes pensaient que les poissons ne se reproduisaient pas. Ils étaient alors perçus de la même manière que l’on perçoit les légumes aujourd’hui.

L'expulsion des habitants de la ville de Carcassonne en 1209, miniature extraite d'un manuscrit des Grandes Chroniques de France.
L’expulsion des habitants de la ville de Carcassonne en 1209, miniature extraite d’un manuscrit des Grandes Chroniques de France.

La « Croisade des Albigeois » réduit à néant la doctrine cathare

Végétariens, anti-hiérarchistes, vivant dans la pauvreté et partisans de l’égalité des sexes… Ces « bons chrétiens » ne furent que des hérétiques aux yeux des catholiques qui n’en firent d’une bouchée ! L’ironie du sort veut que ce soit le Pape Innocent III qui envoya des combattants purger le pays des « Parfaits ».

Pour la première fois, une croisade est alors menée contre des personnes se réclamant du Christ. La « Croisade des Albigeois » fut sans vergogne, mettant fin à l’hérésie religieuse… et les catholiques ont ainsi pu continuer à prôner de belles valeurs sans se sentir coupable de ne pas les appliquer !

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Passionnée par le cinéma documentaire et l'environnement, Alexandra a choisi le journalisme par vocation. En grande optimiste et végétarienne convaincue, elle espère un avenir meilleur pour le monde. Chaque petite voix compte... la sienne aidera peut-être à améliorer les choses en donnant les informations nécessaires à la réflexion !