Les aventures de Belette 007

Nous vous avions présenté il y a quelques mois Building Belette 007 au lancement de son blog. Pour inaugurer notre nouvelle rubrique « Coin lecture », qui vous propose des textes de poètes, de romanciers ou encore de blogueurs, voici un extrait de ses aventures, et mésaventures, pour construire elle-même sa maison écolo.

Présentation de l’auteur par elle-même. Marine Veyer est un bout de fille bourrée d’enthousiasme, de passions, d’énergie, de principes écologiques et d’autodérision. Une vraie bourrique, cette bretonne mi-Chanel, mi-David Neel. Signes distinctifs ?
Toujours
: un sac prêt pour le prochain départ, un maillot de bain à sécher, l’autre dans le sac pour pouvoir aller nager, une dizaine de livres entamés et autant qui trépignent à côté.
Jamais
: assez de temps dans la journée pour faire tout ce dont elle a rêvé !

Épisode 2 : Délit de déni de nid

Constructible, oui mais… Nenni !

En signant, Belette s’est saignée mais elle pensait s’être affranchie d’un certain nombre d’inconvénients. Selon les lois de ce siècle dingo qui échange des bout de terre contre des titres et des sous, elle vient d’acquérir un terrain constructible.

C’est à dire : sur lequel elle est autorisée à bâtir ce que bon lui semble, pense-t-elle, dans son innocence quasi virginale.

Sa cabane ronde, sa yourte à bretelles en bois-de-pays-pas-traité n’est donc plus qu’une formalité, une affaire de temps, de savoir-faire… Une question d’heures. Allez, de jours ou de mois. Histoire de trouver du bois et d’apprendre, tout ça. Elle est à deux doigts de faire ses cartons pour déménager.

– Nenni ! Répond l’écho des futaies, moqueur.

– Pardon ? Demande Belette Buildor.

– Nez… Niiiiiiid !

« Ce doit être un geais mal embouché, une branche qui craque dans le vent, l’esprit de la foret de mauvais poil. Rien à voir avec mes projets sylvestres. » se dit-elle.

Las ! Un écho averti en vaut deux. La rumeur n’a pas menti : le terrain était bien constructible, MAIS.

Les pattes sur la tête, Belette récapitule.

Une fois sortie de chez Maître Notaire, elle s’est dessinée une coquette cabane… Demi ronde seulement, rapport aux sous qu’elle n’a plus – tu le crois si tu veux, mais des angles droits, ça coûte moins cher que des angles ronds… ouaip !

Ensuite, elle planche avec Garry l’ami Archi’Tek. Ferraillé des nuits entières au téléphone avec lui sur la taille des fenêtres pour qu’on puisse les acheter pas cher, ou s’en dégoter d’occase, et mille autres détails idiots. Elle réfléchit avec une orange et une lampe aux effets rebonds de la lumière ici ou là, en fonction des saisons. L’Archi’Chic finit par tout pondre sur l’ordi, avec la lumière qui tourne et tout.

– Elle sera bio’climatique, ta case-en-l’air ! Lui annonce-t-il, très classe.

Il l’a faite un peu grande, standing de son « book » oblige, mais elle se dit en secret, la mouflette, que si ça ne passait pas côté finances, elle en ferait une version rapetissée. Ce serait bien assez pour ses minis besoins décroissants ( et pour les viennoiseries du dimanche matin ).

Pour la forme, ravie du chouette nid architecté de main d’ami, elle passe à l’étape suivante : « Constituer un dossier de permis de construire ».

À côté, entrer à Polytechnique ou dégoter un logement HLM est une balade de santé. L’agente 007 ne s’en laisse pas compter. Pompes. Photocopies. Respiration abdominale. Plans en 3.D à la bonne échelle siouplait. Méditation transcendantale…

…Poc.

C’est le petit bruit que fait le dossier et de ses quarante douze copies en atterrissant sur le bureau de la Mairie. Complet.

Deux mois après, coup de fil gêné d’un allié en mairie.

– Heu… pour votre permis, la municipalité a changé, ils n’ont P.L.U. la même manière de voir les choses.

– Vouiiiii…

– … En fait, pour votre permis, c’est râpé.

– Râpé, vous voulez dire, fichu ?

– Oui, en somme. Votre demande vient d’être refusée.

– …

– Les toits plats, n’en veulent plus. Et vos pilotis les embêtent. Ils préféreraient que vous refassiez le projet. Pourquoi pas quelque chose de plus classique. Rectangulaire ? Avec un toit en ardoises, dans le style du pays, quoi ?

– ….

– Allo ? Aaaaloooo?

À l’eau ! Entend BB 007. L’autre poursuit sans s’alarmer :

– En fait, si vous êtes pressée, on vous conseille de renoncer carrément à votre demande de permis. Vous refaites un projet fissa, un truc qui a plus de chance de « passer » et on essaie de vous donner une réponse rapide. Donc, je récapitule : Vous nous envoyez un courrier propret indiquant que vous annulez votre demande. Sinon, délais officiel… Gnagnagna… Encore deux mois… Gnaagnaaagnaaa.

C’est donc pas l’tout d’avoir le terrain. D’avoir taillé sa route à la serpette dans le maquis du POS, arraché une autorisation d’urbanisation, pis une seconde car la première, lassée d’attendre le bon vouloir des priprios, avait expirée. C’est pas l’tout non plus d’avoir payé les taxes, réussi les analyses à pas d’prix i tutti quanti :

Encore faut-il POUVOIR construire le-dit nid sur la terre chair’ment payée.

Or le Pouvoir… Ça n’appartient point aux mouflettes dopées aux rêves perchés, fussent-elles propriétaires terriennes. Niet. Le Pouvoir, M’sieurs Dames, se trouve entre les mains de tout un tas de gouvernants, du plus petit au plus grand, qui se disputent leurs prérogatives comme de vertes prairies, si, si.

Et ces gouvernants-là, juste élus tous frais moulus, veulent de la bonne longère chasse, pêche et tradition avec dalle en béton et toit à 45°.

Inspire. Expire. Un instant Belette Buildor pense tout envoyer dinguer. Se construire une roulotte, comme le père Kaolin, et voguer, peinard, sur la Terre nourricière. Avec le recul… elle se dit qu’elle aurait peut-être bien dû succomber et entendre la résistance du Cosmos à ses envies de sédentarité. Mais non… elle s’accroche.

Hara, Taï Chi, lecture de contes ancestraux… Après trois jours de jeûne et d’exercices zen, 007 recouvre la niaque. Elle ira jusqu’au bout, même si c’est par curiosité, pour voir où ça la mènera. La voie est dans le chemin, poil aux mains.

Bataille, donc. Rencontre avec les élus, bafouilles en bonne et due. Re-dessin de casba avec L’Archi’Duc furibard et nuits blanches à bosser. Mors-y l’oeil, on les aura. Un mois plus tard, hagards : Poc.

Re-dépot de demande de permis, la pente du toit un chouïa revue et deux trois bricoles changées pour ne pas défriser les gouvernants. Solides dans leurs bottes, Belette et l’Archi-Chose tente une seconde foi « leur chance » comme ils disent « en mairie ». Ben voyons !

Retrouvez Belette 007 sur www.belette007.net

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