Les arbres ont-ils des droits ?

La nécessité de protéger les arbres, les forêts et les autres espaces naturels fait aujourd’hui l’objet d’un large consensus. Ce qui n’empêche pas, hélas, la déforestation. Il apparaît donc nécessaire de se pencher sur la manière dont l’arbre est considéré par le droit. Par Nicolas Gardères, avocat à la cour et vice-président de l’association Entreprendre vert.

Ce papier est extrait du numéro 18 de NEOPLANETE dédié à la forêt.

L’arbre est donc utile aux hommes et présente l’avantage de ne pas souffrir, au sens où peuvent souffrir les chiens ou les taureaux. Ainsi, alors que la problématique animale a occupé, à l’ère moderne, certains des principaux philosophes occidentaux (Descartes, Rousseau, Kant, Bentham, Heidegger…), la question des droits de l’arbre est beaucoup plus récente.

À LA DIFFÉRENCE DE L’ANIMAL, L’ARBRE NE SOUFFRE PAS

La souffrance est ici le critère discriminant. En effet, torturer ou tuer un animal pour le plaisir de le voir souffrir (on ne torture pas une montre, une fleur ou un arbre) est un acte de sadisme par lequel l’homme tend à aliéner son humanité. Il est de ce point de vue indifférent que l’animal dispose de droits en tant que tels ou que l’homme ait simplement des devoirs à l’égard de l’animal. La question animale est profondément une question morale.

La situation est donc différente s’agissant des arbres. Elle pose la question de la place de l’homme sur Terre. La tradition humaniste, celle des droits de l’homme, situe l’humanité au centre de l’univers, donc au dessus de la nature. Le terme « environnement » renvoie d’ailleurs à cette idée. La nature n’est plus que ce qui entoure l’homme, l’accessoire par rapport à l’essentiel.

DANS L’INTÉRÊT DE L’HOMME

C’est dans le cadre de cette philosophie humaniste que se sont essentiellement développés le droit des animaux et le droit de la nature : il est bon de ne pas torturer les animaux, de ne pas polluer, de préserver les forêts et de limiter les émissions de gaz à effet de serre. Mais, toujours avec l’idée que ces contraintes vont dans le sens d’une protection des intérêts moraux, économiques, sanitaires de l’homme. Cette pensée est celle d’une écologie réformiste et humaniste.

S’est développée en parallèle une écologie radicale, révolutionnaire, profonde (deep ecology, en anglais), aujourd’hui très influente, qui s’oppose frontalement à la philosophie humaniste. L’homme ne serait ainsi qu’un des éléments de la nature, ne disposant d’aucune supériorité juridique sur les autres (les animaux, les arbres, les minéraux…). Ainsi, sur le plan juridique, les arbres et les espaces naturels seraient des sujets de droit devant être protégés en tant que tels et en particulier contre les hommes.

Le renforcement de la protection juridique de la nature et des arbres, de la biodiversité est indispensable, mais les fondements de cette protection ne doivent pas être l’occasion d’une remise en cause fondamentale de nos propres droits et de notre liberté.





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