« Les abeilles piquées au vif »

Hier matin a eu lieu à l’Assemblée Nationale un débat sur la disparition des abeilles, et sur les solutions envisagées et envisageables pour faire face à cette situation dramatique.

Cet événement s’inscrit dans le cadre du lancement de la nouvelle campagne de l’association Agir pour l’environnement : « Les abeilles piquées au vif », en partenariat avec la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux), le MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures) ainsi que l’UNAF (Union Nationale de l’Apiculture Française).

Agir pour l’environnement est une association militante créée en 1997 qui lance chaque année 3 à 4 campagnes de mobilisation liées à l’écologie et à la sauvegarde de la planète. L’objectif est de faire pression sur les décideurs politiques et économiques pour obtenir des changements en matière d’agriculture, de transport, de gestion des déchets, de biodiversité, etc.
Cette année, le but est de sensibiliser et d’influencer dans le sens de la protection des abeilles et de la diminution nécessaire de l’utilisation de pesticides en France.

Bees together

Creative Commons License photo credit: wolfpix

Cette campagne est l’occasion de revenir sur les causes et solutions d’un problème encore trop ignoré.

LA SURMORTALITÉ DES ABEILLES

Il faut savoir que l’abeille contribue à la reproduction et à la survie de 80 % des espèces de plantes à fleurs de notre territoire : elle est donc une alliée indispensable au maintien de l’équilibre des écosystèmes et de notre agriculture moderne. C’est pourquoi la disparition de ces insectes pollinisateurs est un problème de taille que l’on ne peut plus prendre à la légère.
Alors qu’il ne devrait normalement pas dépasser les 5%, sauf évènement exceptionnel, le taux de mortalité des abeilles atteint aujourd’hui 30 à 35%, et même jusqu’à 50% dans certains cas. Un deuxième chiffre effrayant vient s’ajouter à ce constat : 30 à 40 % des colonies d’abeilles ont été décimés en moins de 10 ans en Europe.
Plus généralement, c’est l’ensemble de la biodiversité qui est menacée. Tout cela relève du cercle vicieux : s’il y a moins de plantes à fleurs, la diversité des pollinisateurs est moindre, ce qui accentue la diminution des espèces végétales, et donc à terme celle des espèces animales. Et il ne faudrait pas oublier que l’homme en fait partie !

QUELLES EN SONT LES CAUSES ?

Les causes de cette disparition progressive mais bien réelle sont complexes et nombreuses. Reste principalement sur la sellette la multiplication des substances chimiques et des pesticides dans l’environnement, due à la généralisation de la monoculture intensive. Les zones de grande culture (maïs, colza, tournesol) sont les plus concernées par la disparition des insectes pollinisateurs, car l’utilisation de pesticides y est accrue. Les 5000 pesticides disponibles aujourd’hui à la vente restent clairement les principaux responsables de cette disparition de masse. Si les abeilles ne sont pas intoxiquées directement, la plupart de ces substances les fragilise, les rendant plus vulnérables et moins résistantes aux maladies et divers parasites comme le varroa.

Malgré cette situation, le ministre de l’agriculture a ré-autorisé en décembre 2008 le « Cruiser », un insecticide de traitement des semences de maïs fabriqué par la firme internationale Syngenta, qui est reconnu pour être mortel pour les abeilles et hautement toxique pour les oiseaux et l’environnement. Cette seconde autorisation était valable jusqu’au 15 mai et risque d’être reconduite jusqu’en 2010. C’est pourquoi l’influence de l’association auprès des décideurs est capitale.

Ce problème est d’autant plus grave que de nombreux autres facteurs concourent à la disparition de nos pauvres abeilles : parasites, impacts du changement climatiques (sècheresses et hivers trop doux qui affaiblissent leur organisme), OGM (toxicité et transmission), etc.
Les abeilles sont également confrontées depuis quelques années à un nouveau prédateur venu d’Asie, qui colonise peu à peu le territoire français. Le frelon asiatique, importé accidentellement de Chine via le port de Bordeaux, se dissémine rapidement en France et dix de ces frelons très agressifs suffisent à anéantir une ruche en seulement quelques jours. En Gironde, 150 à 200 ruches auraient été détruites par l’action du frelon asiatique en 2006.

Bee's behind
Creative Commons License photo credit: wolfpix

QUELLES SOLUTIONS ENVISAGER ?

Le problème n’est pas encore irréversible mais il est temps de prendre des mesures concrètes.

Développer des moyens alternatifs aux pesticides, revenir à une agriculture en lien avec les territoires, s’éloigner des pratiques de monoculture, qui attirent davantage les subventions que les abeilles, etc. : voilà ce que recommande l’association Agir pour l’environnement. Les responsables publics doivent prendre la vraie mesure de l’enjeu et respecter les engagements du Grenelle de l’environnement. Mieux vaut de simples actions que de trop longs discours.
D’autant que de vraies alternatives existent : la simple rotation des cultures permet de faire chuter la pression des parasites et l’agriculture biologique permet de se passer des pesticides grâce à des modes de lutte non polluants.

Quelques pistes d’évolution proposées hier matin, et présentées via la pétition de l’association :

RÉDUIRE L’USAGE DES PESTICIDES :
– ne reconduire en aucun cas l’autorisation du Cruiser,
– retirer du marché et interdire la vente de pesticides neurotoxiques et systémiques (véhiculés par la sève, ils sont nocifs plus longtemps),
– ne plus utiliser de pesticides pour la gestion des espaces verts dans les collectivités, puisqu’ils ne sont pas indispensables.

MIEUX COMPRENDRE LES CAUSES, POUR PRÉVENIR ET SENSIBILISER :
Lancer une expertise indépendante sur la mortalité des insectes pollinisateurs par une étude nationale et indépendante afin de dresser un bilan de l’état des populations d’insectes pollinisateurs et d’identifier les facteurs affectant leur état de conservation.
Malheureusement, les chercheurs spécialistes des abeilles se font rares, et les financements minimes accordés à la recherche publique en France rendent la tâche toujours plus difficile.

Engagez-vous sur www.agirpourlenvironnement.org

Plus d’infos :

Montpellier, Congrès Nationale de l’Apiculture : du 15 au 20 septembre (www.apimondia2009.com)

Sites Internet :
www.agirpourlenvironnement.org
www.unaf-apiculture.info

Lectures :
Pesticides, révélations sur un scandale français, de Fabrice Nicolino et François Veillerette, Ed. Fayard, 2007
Le jour où l’abeille disparaitra, Jean-Christophe Vié, Ed. Arthaud, 2008
Ecocide : une brève histoire de l’extinction en masse des espèces, Franz J. Broswimmer, Ed. Parangon, 2003.

Films et documentaires :

Le Titanic Apicole, la terreur pesticide, film documentaire d’Ananda et Dominique Guillet, 2008.
Nos enfants nous accuseront, film de Jean-Pierre Jaud, 2008.
La disparition des abeilles, la fin d’un mystère, film documentaire de Natacha Calestrémé, 2008.
Le pollen de la discorde, film documentaire de Marc Peyronnard, 2007.

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Tout juste diplômée en lettres et communication, Alexandrine fait ses débuts de journaliste au sein de la rédaction de NEOPLANETE. Elle s'occupe aujourd'hui principalement du contenu du site internet.