L’économie peut-elle devenir verte ?

Cette année, la Journée mondiale de l’environnement s’intéresse à l’économie verte : « En faites-vous partie? ». En choisissant ce thème, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) pose le débat : le développement durable peut-il s’étendre à l’économie toute entière ? Même si la bataille s’avère compliquée, il est bon de se pencher sur la question.


1/ Qu’est-ce qu’une économie verte ?
Il s’agit d’une économie où le développement durable est aux centres des préoccupations de chacun. Tous les maillons de la chaîne, distributeurs, fabricants et clients doivent changer de comportement. Selon le PNUE, c’est une « économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant les risques environnementaux et la pénurie de ressources. » Ainsi, de faibles taux d’émission de carbone, l’utilisation rationnelle des ressources et l’inclusion sociale sont autant de caractéristiques nécessaires aux grands acteurs économiques pour atteindre cet objectif vert.

Ce n’est pourtant pas chose facile selon Céline Alléaume, experte des politiques énergétiques en France et en Europe, qui explique : « La mobilisation des esprits et des initiatives en temps de crise économique et financière n’est pas l’exercice le plus aisé.  Il convient de reconnaître que les entreprises issues des filières innovantes du secteur de l’économie verte sont confrontées à de réelles difficultés de développement (…) liées au difficile accès au financement. »

2/ L’économie verte est-elle trop chère, et donc inaccessible ?
Philippe de Beco, entrepreneur et Président de Groupe Socoda (premier réseau français en matière de distribution indépendante pour le Bâtiment et l’Industrie), est l’auteur de « La marge verte ». Son ouvrage tend à démontrer que l’écologie et l’économie ne sont pas indissociables, au sein d’un modèle qu’il baptise « le business durable ». L’idée ? Privilégier par exemple les produits plus propres, les approvisionnements de proximité, soutenir les fournisseurs qui s’engagent dans le développement, etc…

« Ces produits verts restent dans leur grande majorité plus chers que la moyenne », explique-t-il, lucide. « Mais si l’éco-consommation coûte plus cher, c’est souvent parce qu’elle apporte aussi de réels bénéfices au quotidien : produits plus durables, plus résistants, moins consommateurs en énergie… ». Bref, l’important, c’est le retour sur investissement : l’idée de dépenser moins mais dépenser mieux. La crise est donc un argument qui arrange bien les procrastinateurs.

3/ Une notion qui ne fait pas l’unanimité
Les rédacteurs du site nogreeneconomy.org s’opposent farouchement à cette « gestion durable de la nature ». Elle se résumerait selon eux à une opération de « greenwashing », à savoir un procédé marketing utilisé par les entreprises ou le gouvernement (entre autres) qui a pour but de donner une image écologique responsable. « C’est une nouvelle étape dans la marchandisation et financiarisation de la vie en incluant la nature et ses fonctions dans le cycle du capital »,  écrivent-t-ils. Accessible, fructifiante, l’économie verte pourrait-elle également être une extension du capitalisme ?

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