L’écologie punitive, c’est bon pour les loups !

Ségolène Royal ne veut pas entendre parler d’écologie punitive, mais pour les loups, pas de problème ! La ministre de l’Ecologie a en effet décidé de créer « une brigade d’appui aux éleveurs contre les attaques de loup » formée de dix « emplois jeunes », donc de 18 à 25 ans !

Loups Licence Pixabay : CC0 Public Domain

Le plus étonnant dans cette histoire est le mode de recrutement de cette « brigade d’appui » intégrée à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) de la région Provence Alpes-Côte d’Azur. Il suffit qu’ils soient « titulaires du permis de chasse » et de préférence d’origine rurale ! Gare aux citadins qui auraient peur du loup. Ils sont jeunes et volontaires mais s’ils ont une expérience « dans la pratique de tous les modes de chasse » et le « brevet grand gibier », ce serait « un plus ». Formés quelques jours pour être opérationnels dès fin août, ces nouveaux agents « participeront aux opérations de défense des troupeaux et d’effarouchements, voire de prélèvements ordonnés par l’État, en appui à l’ONCFS », toujours selon la ministre.

Un loup a d’ailleurs été tué le 13 juillet en Maurienne et l’abattage de 36 loups a été autorisé pour la saison 2015-2016 avec possibilité d’aller jusqu’à 50 ! Selon la ministre, « les attaques de loup ont doublé en 5 ans (8 500 brebis victimes pour la période juillet 2014-juillet 2015)  et le nombre de départements concernés a triplé en 5 ans (9 départements en 2010 contre 27 en 2014) ».

Pixabay Licence : CC0 Public Domain 301 loups ont été recensés en 2014 en France contre une centaine dix ans plus tôt. Il y en a 1500 en Italie et 2500 en Espagne. 15 millions d’euros sont consacrés à la protection des troupeaux et à l’indemnisation des éleveurs. Ces sommes sont destinées à aider les éleveurs à investir dans la protection des troupeaux par le biais de clôtures et de surveillance humaine. Pour la ministre : « il s’agit de conserver un équilibre entre la protection du loup, espèce qui fait partie intégrante de notre patrimoine naturel, et la défense des activités de pastoralisme. Cet équilibre repose également sur la mise en place complète des mesures de protection par les élevages ». Or justement, ces mesures de protection sont reconnues par tous comme très insuffisantes, l’indemnisation étant la solution de facilité la plus souvent choisie.

La création de cette brigade d’appui a fait bondir le Collectif des associations pour la protection du loup et en particulier l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages) qui accuse la ministre de mettre en place « une politique de destruction de la nature » » et demande « l’abandon de ce projet ahurissant ». Selon Pierre Athanaze, président de l’ASPAS, « tuer un loup, et même cinq ou six dans un département, n’a jamais protégé les troupeaux. Le ou les loups qui viendront après, feront les mêmes dégâts, aux mêmes troupeaux tant que ceux-ci ne seront pas mieux protégés. La protection des troupeaux est la seule solution pérenne ».

Pixabay Licence: CC0 Public Domain Canis lupus est une espèce strictement protégée par la Directive Habitat de l’Union européenne et par la Convention de Berne. Ségolène Royal a donc décidé d’engager une démarche auprès de la Commission européenne et de la Convention de Berne « pour que les modes de gestion du loup soient adaptés en fonction de l’importance de sa présence sur le terrain, comme en Espagne où deux modes de gestion du loup existent ».

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.