Le taï-chi en entreprise contre le stress

Parce que l’entreprise est un lieu où s’expriment les douleurs contemporaines, experts et coachs proposent des formules pour détendre l’atmosphère et les nerfs des salariés. Thierry Sollier dispense des séances de taï-chi pour éviter les chinoiseries au bureau et faire « le serpent qui rampe » ou « le simple fouet ».

Un quart des arrêts de travail de 2 à 4 mois est dû à des problèmes psychosociaux, au premier rang desquels on trouve le stress. Avec ses conséquences bien connues : irritabilité, dégradation du rapport aux autres, manque d’écoute, perte de concentration et manque de productivité pour les entreprises. Du coup, on se bourre de médicaments : les Français se situent au premier rang en Europe, et au deuxième dans le monde, pour la consommation de médicaments, de tranquillisants, d’antidépresseurs et de remèdes à l’hypertension. Thierry Sollier va dans les entreprises pour réapprendre aux salariés à respirer, se concentrer, prendre conscience de son corps, s’étirer pour chasser les raideurs du corps et… de la tête.

Pourquoi choisir une discipline chinoise ?
Parce que la médecine chinoise explique très bien les conséquences du stress par le Yin et le Yang.  Pour les Chinois, la combinaison de ces deux énergies primaires génère l’énergie (le Qi) qui circule dans le corps le long des méridiens et que l’on retrouve en acupuncture. Le Yin représente le calme, l’intériorité, le bas du corps ; le Yang, l’activité, le rapport aux autres, le mental et le haut du corps. Or, la caractéristique principale de nos sociétés est de survaloriser l’activité, le mouvement, le mental et de dévaloriser le repos, l’intériorité, le silence. Une société « trop Yang » valorise le paraître au détriment de l’être. Avec un trop plein d’énergie dans le haut du corps qui génère les douleurs du stress. Que l’on peut soulager grâce au Qi Gong et au taï-chi.

Des disciplines très anciennes pourtant ?
Oui, elles ont été élaborées il y a environ 3 000 ans avant JC. Mais elles sont très contemporaines puisqu’elles placent l’être humain comme partie intégrante de la nature. « Nous sommes nés de l’énergie de la Terre, des étoiles et des éléments », dit la philosophie taoïste. Objectif : la gestion de cette énergie. Le Qi Gong est la redécouverte de son corps d’une façon statique qui ne demande donc aucune compétence sportive particulière. On respire, on s’étire, on oxygène son corps, on fait mieux circuler l’énergie. Notamment avec les huit brocarts de soie mis au point par le général Yue Fei (XIIe siècle après JC) pour maintenir ses officiers en bonne santé.

Et le taï-chi ?
C’est un art martial interne très ancien aussi. Selon la légende, Zhang Sanfeng, un moine chinois ayant vécu au XVIe siècle, ou peut-être au XIIe siècle selon les sources, a créé les treize postures de base du taï-chi en s’inspirant d’un combat entre un oiseau et un serpent. Ce dernier aurait triomphé au dernier moment et, contre toute attente, grâce à sa lenteur, sa souplesse, ses mouvements arrondis et à la bonne gestion de son énergie.

On n’imagine pourtant pas un art martial quand on voit ces vieilles chinoises un éventail à la main ?
Parce que le taï-chi est aussi un art, une esthétique par sa grâce, sa lenteur, la précision de ses gestes. Mais ses mouvements aux noms exotiques (les nuages, le serpent qui rampe, le simple fouet, mais aussi la fille de jade tisse et lance la navette) sont hérités de la tradition guerrière (esquives, parades, frappes, saisies) pour développer des qualités primordiales dans le combat (équilibre, calme, concentration). Qualités peu présentes dans nos sociétés modernes, malgré tout primordiales pour lutter contre le stress. En fin de compte, l’ennemi a changé de forme, il ne s’agit plus de se battre contre un envahisseur mais contre un ennemi beaucoup plus pervers : le mal-être.

Contact : Thierry Sollier, 06 70 31 15 91 et thierry.sollier@clts.fr

Cette interview est extraite du numéro 16 de Néoplanète.

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Yolaine De La Bigne

Femme en or de l’environnement en 2007, journaliste de presse écrite et radio, auteur de plusieurs livres, elle a été une des premières « rurbaines » à habiter entre Paris et la campagne. De sa collaboration avec Nicolas Hulot pour Ushuaia et Allain Bougrain Dubourg, en passant par le prix Terre de Femme de la Fondation Yves Rocher, la création de Fêt Nat’ en 2006 ( fête de la nature et de l’écologie ), Yolaine renforce son engagement personnel à travers le lancement de l’agence de presse Kel Epok Epik et de Néoplanète.