Le photographe Franck Vogel à la rencontre des Bishnoïs

Les Bishnoïs, qui vivent au nord de l’Inde entre le Rajasthan et le Penjab, sont le plus ancien peuple écologiste du monde. Le gourou Jambeshwar a crée cette communauté au XVe s et ses préceptes sont toujours suivis à la lettre selon 29 règles. Bishnoï signifie d’ailleurs 29 en hindi. A l’heure où notre mode vie est remis en cause, il est intéressant de lever la tête pour voir se qui se passe ailleurs. On découvre un peuple discret, autonome, qui défend farouchement ses terres et tout ce qui s’y trouve.

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Le photographe Franck Vogel est le premier occidental à s’être fait accepter par les Bishnoï et à en avoir rapporté un témoignage puissant de ce que respect, harmonie et écologie veulent dire pour ce peuple.

A la rencontre des Bishnoïs

Franck Vogel s’est rendu en Inde début 2007 et a réalisé son photo reportage en trois fois deux mois, à des périodes importantes de l’année rythmées par des fêtes et des célébrations. Une fois accepté au sein de la communauté qui compte entre 600 et 800000 personnes, il est devenu un vrai Bishnoï et a tout partagé de leur vie. Il s’est engagé auprès d’eux à promouvoir leur mode de pensée et leur philosophie pour que le monde occidental s’en inspire. Sans pour autant verser dans la promotion d’un tourisme nuisible et sans intérêt pour les Bishnoïs.

La plus grande richesse des Bishnoïs ? La nature, à laquelle ils tiennent plus qu’à leur propre vie. Un fois par an, ils organisent un pèlerinage pour commémorer un événement majeur de leur histoire : le sacrifice d’Amrita Devi.

Une foi inébranlable

En 1730, mahârâja Abhay Singhji de Jodhpur envoya ses hommes couper des arbres pour en faire des meubles. Or ces arbres se trouvaient sur la terre des Bishnoïs. Leurs protestations n’y firent rien, le mahârâja, voulait ces arbres. Une femme Bishnoï, Amrita Devi décida alors de se placer autour de l’arbre pour le protéger et fut aussitôt rejointe par d’autres. Les soldats taillèrent sans distinction les humains et les arbres à coups d’épée. Au total, 363 Bishnoï périrent lors de ce massacre. Dans l’histoire de toute l’humanité, c’est le seul cas connu où des hommes se sacrifièrent pour des arbres. « A la suite de cet événement, le mahârâja de Jodhpur, qui n’avait pas souhaité ce massacre, a édicté un décret qui interdit à quiconque, même à la famille royale, de couper arbres et de chasser animaux sur le territoire Bishnoï, précise Franck Vogel. Cela a permis de préserver des gazelles, menacées ailleurs, mais protégées sur leurs terres. Les braconniers qui portent atteinte à la nature en territoire Bishnoï encourent des peines de prison. ».

Le défi du XXIe siècle : les sacs plastiques

Mais les Bishnoïs rencontrent un autre problème. Depuis quelques années, ils sont confrontés à la multiplication des sacs plastiques. « Les Bishnoïs n’en utilisent que depuis 10-15 ans, souligne Franck Vogel. Comme ils n’ont pas conscience de ce problème, ils les jettent et polluent sans le vouloir. Les lieux saints sont désormais couverts de  plastique. Il faut les aider à arrêter ce fléau. »

C’est pourquoi Franck Vogel a invité Khamu Ram Bishnoï en 2008 aux Ateliers de la Terre à Courchevel. Cet homme se dit investi d’un « droit un peu divin » qui le pousse à se battre contre ce fléau du plastique et à faire comprendre aux gens de sa communauté que c’est un problème. « Venir ici lui a donné de la crédibilité, ajoute le reporter. Quand il est retourné chez lui on l’a écouté. »

A propos de Franck Vogel

Franck Vogel est né en 1977. Après un diplôme d’ingénieur, il décide de sillonner le monde pour vivre de sa passion, la photographie. Depuis 2007, il s’intéresse aux relations privilégiées entre la Nature et l’Homme afin de montrer au monde qu’il est possible de vivre en harmonie. Son travail sur les Bishnoïs a été publié en exclusivité dans GEO magazine en mars 2009.

Son dernier reportage dénonçant le Massacre des Albinos en Tanzanie a fait la Une le 6 juin 2009 du plus grand magazine hollandais, le NRC Weekblad, et a été exposé au Festival du Scoop d’Angers 2009. Franck Vogel a aussi créé l’association « S’inspirer des Bishnoïs » et participera en 2010 à la réalisation d’un documentaire pour France Télévision sur les Bishnoïs. « Je travaille sur des sujets qui me tiennent à cœur », résume-t-il simplement.

Site de Franck Vogel

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