Le Jaïnisme, la religion de la non-violence

Chaque 5 avril, les Jaïns célèbrent la naissance de leur grand héros : Mahavir Jayanti, considéré comme le fondateur de la religion.

 

A  cette occasion, nous avons rencontré Pierre Amiel, spécialiste du Jaïnisme1 et auteur de nombreux ouvrages sur ce thème. Son souhait : faire connaître aux francophones cette religion de la non-violence envers les hommes et la nature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les populations Jaïnes comprennent des ascètes (moines et nonnes) et des laïcs. En quoi leurs modes de vie sont-ils différents ? Comment s’accorde leur religion avec la vie moderne ?

Les laïcs travaillent et sont relativement fortunés, bien qu’il en existe aussi d’assez pauvres. Ils exercent des professions où aucune brutalité n’est commise : activités commerciales sans produits issus de violence sur des êtres vivants, comptabilité, enseignement, médecine, l’informatique etc.. Il n’existe pas de boucher, de vendeur d’objets en soie naturelle, en peau ou en cuir, ni de marchand d’alcool (qui échauffe l’esprit et pousse à l’ivresse) ou de miel volé aux abeilles. Ceux qui gagnent bien leur vie ne doivent pas accumuler mais faire l’aumône de nourriture, de boisson et de soins aux ascètes qui le leur demandent en Inde. Leurs dons vont également aux œuvres charitables, à la construction ou à  la réparation de temples en Inde, au financement d’hôpitaux pour animaux malades…

L’alimentation, qui devient un problème dans nos sociétés actuelles, est particulièrement régulée chez les Jaïns qui bannissent les « trois M » : mâmsa (la viande, la chair des créatures), madya (le vin), et madhu (le miel). Pourquoi ces produits-là en particulier ?

Le but de tout Jaïn en ce monde est de libérer son âme des souffrances du samsāra (des réincarnations successives) en la purifiant par des pratiques religieuses sévères. Une renaissance comme être humain est conditionnée par une vie de laïc exemplaire ; sinon, cette renaissance se fera comme animal, plante, être céleste (dieu) ou infernal (démon). Ils sont donc pour la compassion, la paix, les pratiques médicales naturelles, le développement du végétarisme et du véganisme, et, de facto, totalement opposés à la guerre, à la chasse, à l’avortement, à la peine de mort, etc. Certains de leurs ascètes portent un bandeau devant la bouche pour ne pas avaler d’insectes (nombreux en Inde) et pour penser à contrôler leurs paroles. D’autres balaient devant eux en marchant, pour éviter d’écraser involontairement des petits animaux. De même, les jaïns ne portent jamais de vêtements de provenance animale.

 

Le code moral du jaïnisme s’articule autour de cinq vœux : refus de la violence (ahimsā), refus du mensonge (satya), refus du vol (asteya), refus de la possession (aparigrah), refus de la sexualité (brahmacharya). Quelle est leur importance dans le quotidien des croyants ? 

L’absence de violence volontaire dans les pensées, les paroles et les actes est très importante, dans leur vie quotidienne. Ils s’engagent à ne pas commettre de violence envers tout ce qui vit, à ne pas mentir car c’est violer la vérité qui est due aux autres, à ne pas voler car c’est violenter une personne en la privant de son bien , à être chaste, car tromper son conjoint, c’est  commettre une violence envers lui, et enfin, à ne pas s’attacher aux biens matériels, car c’est commettre une violence envers ceux qui en sont dépourvus. C’est aussi une façon d’éviter les passions comme la haine, le jalousie, l’orgueil, l’égoïsme, etc.
Pour ne pas fauter et produire du mauvais « karma » (souillure) à leur âme, les Jaïns laïcs doivent respecter ces règles de vie, en y ajoutant la tolérance et le respect des points de vue multiples. Pour effacer les souillures de leur âme dues au mauvais karma de leur vie antérieure ou présente, ils doivent pratiquer des jeûnes fréquents, des privations de certains aliments savoureux, des abstinences sexuelles, des méditations, et faire des pèlerinages aux lieux sacrés jaïns en Inde, tous les ans en principe.

 

Le jaïnisme considère que les éléments constitués d’air, de feu, de terre ou d’eau sont des êtres vivants (qu’on ne doit pas blesser).  Quelle relation les Jaïns ont-ils avec la nature ?

Les rapports des Jaïns avec la nature sont marqués par un profond respect. Ce sont de vivants écologistes dont les plus orthodoxes, par exemple, ne coupent pas les fleurs, mais ramassent celles tombées parterre, ne cueillent pas de fruits mais attendent qu’ils tombent. Les laïcs défendent tous les projets d’amélioration de l’environnement et veillent à ne pas le dégrader. Ils filtrent l’eau qu’ils boivent pour préserver les vies des âmes des animalcules qui peuvent s’y trouver, ils publient des ouvrages sur la nature et les moyens de la protéger, ils ne capturent pas d’animaux sauvages, ils soignent ceux qui sont malades, etc. Pendant la mousson, les ascètes se retirent même dans des refuges pour ne pas écraser par inadvertance des petits animaux se trouvant dans la boue. 

 

Qu’en est-il de Gandhi ? Etait-il Jaïn ? Dans quelle mesure son action a-t-elle été influencée par le Jaïnisme ?

Gandhi n’était pas  un Jaïn, mais il était profondément marqué par leurs principes de vie. Sa mère l’avait mis en contact avec un ascète jaïn qui lui avait inculqué la valeur de l’ahimsā (non-violence). Parti à Londres pour ses études de droit, il avait fait le vœu de ne pas boire de vin, de ne pas manger de viande et d’être chaste. Par touches successives, il parvint à obtenir l’indépendance de l’Inde grâce à la non-violence. Ce principe était pour lui une arme. Malheureusement, Ghandi fut assassiné et la partition de l’Inde, acquise après sa mort, se fit au prix de milliers de vies.

 

1Le Jaïnisme est une religion indienne qui croit à l’existence du monde depuis toujours (sans recours à un Dieu créateur). On compte près de douze millions de fidèles dans le monde (1% de la population mondiale), la grande majorité en Inde. Depuis la fin du XIX° siècle, des indiens jaïns se sont établis en Grande-Bretagne, en Amérique du nord (USA-Canada) et dans diverses autres pays anglophones.

 

Pour en savoir plus, découvrez les livres de Pierre Amiel :

« B.A.-BA Jaïnisme », Editions Pardès (2008)

« Les Jaïns aujourd’hui dans le monde », L’Harmattan (2003)

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