Le Gaucho innocent avant d’être jugé !

crédit photo phovoir Après 13 ans d’enquête, un non-lieu a été rendu par un juge d’instruction parisien dans l’affaire du Gaucho, ce pesticide de la firme Bayer qui a fait l’objet de plusieurs interdictions depuis 1999 en raison des risques qu’il fait courir aux abeilles.

Ce non-lieu – daté du 1er avril – est conforme aux réquisitions du parquet de Paris en 2012 mais les professionnels de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), ont décidé de faire appel. Le dossier va donc revenir devant la chambre d’Instruction de la cour d’Appel de Paris. Partie civile, l’Unaf accusait le groupe Bayer de « tromperie, escroquerie et de destruction du bien d’autrui », à savoir les populations d’abeilles.

Le juge d’instruction affirme dans son ordonnance que la communauté scientifique « n’a pas démontré l’existence d’un lien de causalité entre l’introduction du Gaucho dans les cultures agricoles et l’augmentation de la mortalité des abeilles ». Selon lui, « d’autres facteurs interviennent dans la mortalité des abeilles, comme le Varroa, le frelon asiatique ou la perte de diversité des cultures ». Le Gaucho est pourtant interdit en France depuis 1999 pour le tournesol et depuis 2004 pour le maïs. En janvier 2013, l’Autorité européenne de sécurité sanitaire des aliments (AESA) a estimé que l’emploi de ces substances engendrait « un risque aigu pour les abeilles ». Deux mois plus tard, la Commission européenne a interdit pour 2 ans l’utilisation de l’imidaclopride (la substance du Gaucho) sur 75 cultures ainsi que deux autres néonicotinoïdes, la chlothianidine et le thiaméthoxam. A croire que toutes ces dispositions, françaises et européennes, ne parviennent pas à franchir les grilles du palais de Justice de Paris…

Pour le président de l’UNAF, Olivier Belval, « cette décision, qui vise à blanchir de toute faute pénale les fabricants de pesticides, montre à quel point les juges peuvent être dans l’ignorance de la distorsion des réalités économiques, scientifiques et administratives qui gouvernent le marché des pesticides ». « La justice française, ajoute-t-il, s’inscrit en totale contradiction avec les constatations des instances européennes, à une époque où les Français attendent des réponses efficaces aux atteintes intolérables impunément portées aux dispositifs législatif et réglementaire de protection des abeilles et de l’environnement »

Sans contester la multiplicité des causes de la mortalité excessive des abeilles, les apiculteurs considèrent que les néonicotinoïdes en sont la principale.

 

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Yves Leers

Journaliste spécialisé dans les questions d’environnement (AFP), conseil en développement durable (L’Atelier du climat), ex responsable de la communication et de l’information de l’ADEME.