Le désastreux destin des îles Carteret

En  mars 2010, je me suis rendue sur les îles Carteret, un atoll du Pacifique en Papouasie Nouvelle-Guinée. Je connaissais le triste sort qui leur était réservé et souhaitais me rendre compte de mes propres yeux de ce qui aurait pu ne jamais devenir une fatalité. Les îles Carteret étaient au nombre de cinq mais depuis qu’une marée géante a séparé une des îles en deux, on en compte six. Cet atoll est menacé par la hausse du niveau de l’Océan causée par le réchauffement climatique qui d’ici 2015 risque de submerger la totalité des îles.  Je peux témoigner de l’émotion qu’il y a à se trouver sur une plage condamnée à disparaître ; c’est peut-être un peu comme contempler le dernier mammouth, les poils en moins. Par Judith Jakubowicz (texte et photos).


J’ai rencontré les habitants de l’île principale, celle de Han, et ai essayé de comprendre avec eux les enjeux de cette catastrophe pas si naturelle, et les solutions pour y échapper. John Sailik fondateur de la première école primaire sur l’île, il y près de quarante ans raconte : « Avant pour nous, la mer représentait une source de nourriture, une aire de jeux, un moyen d’atteindre les autres îles de l’atoll. Aujourd’hui quelle désolation : les poissons meurent à cause du blanchiment des coraux du au réchauffement de la température de l’eau en surface, des marées provoquent des dégâts considérables dans nos cultures vivrières, l’eau infiltre nos terres et nos cocotiers se raréfient. Cette mer que nous aimions tant n’est plus que danger aujourd’hui. »

Tony Tologina membre actif de l’ONG Tulele Peisa dont le but est d’aider les habitants des Carteret à trouver les fonds et le terrain nécessaires pour s’établir hors de l’île, vient lui-même des Carteret. Il explique : « Notre peuple doit partir : l’espace où nous vivions se réduit chaque année tandis que nos ressources se font plus réduites. Nous ne sommes pas responsables des causes de notre malheur mais nous en subissons de plein fouet les conséquences.

Qu’adviendra-t-il de notre peuple hors de ses terres ? Notre identité, notre culture vont peut-être disparaître car nous ne savons pas si elles seront praticables à Tinputz [ville sur Bougainville, en Papouasie où des maisons sont construites pour accueillir les habitants des Carteret]. Cette île n’était pas simplement un havre de paix quand la guerre civile faisait rage sur le continent, ce n’est pas juste une île de plus dans le Pacifique, cette île est le ciment de ce que nous sommes. Comment nos enfants construirons un avenir quand leur passé sera englouti sous l’Océan ? »

La seule solution envisagée actuellement est effectivement la relocalisation d’une majorité des habitants de l’île à Tinputz ; mais si les jeunes sont enthousiastes à l’idée de trouver une terre plus fertile où ils recommenceront leur vie, les aïeuls, eux, peinent à se projeter hors de leur Eden. Ces ancêtres refusent d’être les premiers réfugiés climatiques de l’histoire et s’apprêtent à être ensevelis tels les vestiges de cette civilisation passée. Ils lancent un appel à l’aide à la communauté internationale en espérant que les pays industrialisés qu’ils accusent d’avoir croqué dans la pomme, fassent amende honorable et leur rendent la clé du Paradis.

De nombreuses îles dans le Pacifique telles que celles des Carteret sont aussi menacées par la hausse du niveau de la mer du fait de leur faible élévation. Qu’adviendra-t-il de tous ces archipels si nous ne prenons pas la mesure de nos actions dévastatrices ? Après tout, notre continent est également une île, aussi grand soit il ;  peut-être devrions nous voir dans ces drames du Pacifique un tragique avertissement à ne pas ignorer.

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