Le commerce équitable en perte de vitesse en France ?

La consommation globale de produits équitables en France a progressé de 5% entre 2009 et 2010, pour atteindre 303 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pourtant la valeur moyenne du panier équitable acheté par chaque français a baissé, passant de 15,9 € en 2009 à 14,7 € à 2010*.

Michel Besson, directeur de la coopérative Scop Andines, Marie-Annick Bascompte, bénévole à Artisans du Monde, et Lucy Amado, gérante de la boutique Tierra UNA à Paris étaient réunis lors d’une conférence organisée par les Acteurs du Paris durable. Ils nous ont livré leur ressenti sur le développement du commerce équitable en France, au plus près du terrain.

Propos recueillis par Eudoxie Jantet et Justine Knapp.

 

Michel Besson, directeur de la coopérative Scop Andines

Il explique ce que recouvre actuellement la notion de commerce équitable.

« Le commerce équitable c’est d’abord l’équité pour tous les travailleurs qui interviennent dans le commerce, les transporteurs, les transformateurs, les détaillants, etc. Nous avons vu cette notion d’équité petit à petit être transformée en notion fixe par la loi du 2 août 2005 : le commerce équitable, c’est uniquement Nord-Sud, c’est la charité, il faut que les consommateurs du nord aident les petits producteurs du Sud. C’est le colonialisme qui continue à vivre car on importe en France uniquement des matières premières qui ne représentent même pas 10% du prix des matières finales. Mais la grande distribution avait besoin de cette notion réductrice. Le système capitaliste fait disparaître tous les petits commerces, toutes les petites entreprises. Il fait grossir les multinationales et fait se développer les grandes et moyennes surfaces. »

 

Marie-Annick Bascompte, bénévole à Artisans du Monde

Elle évoque les difficultés que connaît le commerce équitable à Paris.

« Le commerce équitable à Paris est en difficulté. A chaque assemblée générale d’Artisans du Monde, nous constatons que le chiffre d’affaires des boutiques diminue, mis à part pour trois ou quatre structures de plus grosse taille. En 2011, il a baissé d’environ 5% sur toute la France par rapport à l’année précédente. La conjoncture actuelle en est peut être la cause, mais l’engouement pour le commerce équitable, et plus particulièrement pour l’artisanat, est peut être aussi en train de s’épuiser. En revanche, l’huile d’argan cosmétique est un produit qui marche très bien. Même si elle a des bienfaits, il y a un phénomène de mode. »

 

 

 

Lucy Amado, gérante de la boutique Tierra UNA à Paris

Elle plaide pour la complémentarité entre le commerce équitable Sud-Nord et Nord-Nord.

« Il existe une fausse conception de l’idée du commerce équitable Nord-Nord. La population pauvre ne vit pas uniquement dans les pays pauvres : dans les pays riches, les inégalités sont toujours là. Les petits producteurs ont les mêmes problèmes. Mes clients sont contents de voir des produits d’ici mais ils ont du mal à accepter qu’ils soient issus du commerce équitable, commerce qu’ils assimilent plutôt à des produits venus d’ailleurs. Pour eux ce sont des produits du terroir. Pourtant, il y a un producteur, un distributeur et un consommateur qui ont chacun leur juste rémunération. Mais attention, il ne faut pas pour autant tomber dans le nationalisme ou le régionalisme. Le risque serait que les gens se mettent à acheter uniquement français. Il faut trouver un équilibre. »

 

 

 

*(source : Les Chiffres de la Consommation Responsable – Rapport Mes Courses pour la Planète)

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