Le chocolat éthique de Patrick Roger

Chocolatier de renom, Patrick Roger croit en une éthique du métier. Et on le sent passionné : tout au long de notre entretien, Patrick n’arrêtera pas de travailler une seule seconde. Clairement, il a le chocolat dans la peau !

Comment êtes-vous arrivé à ce métier ?

Un peu par hasard en fait. Je n’ai pas fait de formation, contrairement à tous mes assistants. Moi j’ai commencé sur la table de la cuisine chez mes parents. C’est là que j’ai compris qu’en faisant ça, j’allais pouvoir me construire, voir le monde.

Vous voyagez beaucoup pour votre travail ?

J’ai voyagé dans trente-neuf pays. Pour moi, l’expérience du voyage est aussi importante que les contacts professionnels que je me fais. Je suis allé en Amérique du Sud évidemment (Colombie, Equateur, Brésil, Pérou, Venezuela), toute cette zone où pousse le cacao, mais aussi au Madagascar et dans les îles du Pacifique comme le Vanuatu. J’ai été partout où il y a du cacao sauf en Afrique noire.

Pourquoi ?

Dans cette région-là, on est dans la culture intensive du cacao, et ça m’intéresse peu. Les « Blancs » sont passés par là et ont établi cette industrie du chocolat. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire et le Ghana détiennent 70% du marché mondial. Pour moi, ça n’a pas d’intérêt, je préfère travailler avec des petits producteurs. Parfois, pour un type de cacao, vous pouvez avoir 500 planteurs différents. Pour les rencontrer, je privilégie le bouche-à-oreille.

Vous utilisez du chocolat équitable ?

Oui, c’est important pour nous d’être dans cette démarche. Aujourd’hui, toutes les grandes surfaces ont leurs produits équitables, mais c’est surtout une façon de vendre un produit plus cher, alors qu’ils l’achètent à peu près au même prix qu’avant, en enlevant les intermédiaires. Nous, notre prix de vente n’augmente pas parce que c’est équitable. Une partie de nos produits est certifiée, et bio. Mais on a choisi de ne pas en parler. Pour nous, ça n’est pas un outil marketing, c’est juste une façon d’être en accord avec nous-mêmes et nos convictions.

Parlons un peu de vos fameuses sculptures, ces assemblages immenses qui représentent les grands singes ou les hippopotames…

Évidemment il y a un message derrière ces sculptures. Disons que si on continue de polluer comme on le fait maintenant, demain, ces animaux auront disparu. L’exemple marquant, c’est les hippopotames : comme il pleut de moins en moins, ils risquent de mourir ! Je travaille avec un matériau qui est végétal à la base, donc les enjeux de la biodiversité me regardent forcément. Après, je suis conscient que mon travail ne va pas changer le monde.

N’y a-t-il pas d’ailleurs une contradiction dans votre démarche : vouloir alerter les gens sur les conséquences du changement climatique, tout en utilisant une matière première exotique qu’il faut acheminer sur de très longues distances ?

Si, bien sûr ! Mais le chocolat c’est ma passion. Sinon, j’aurais pu devenir boulanger par exemple, mais ça ne m’intéresse pas.

Considérez-vous vos créations comme un produit de luxe ?

Du luxe ? Bien manger, pour moi ce n’est pas du luxe. Je dirais que le luxe de notre métier, c’est la main d’œuvre. Parce que chaque chocolat doit être travaillé à la main.

Vous êtes satisfait de ce que vous avez accompli ?

Oui. J’aime bien me voir comme un marchand de bonheur, qui le distribue et le partage grâce au chocolat qu’il fait. Mais cette fierté, ça n’est pas le plus important. Comme je l’ai déjà dit, il faut surtout être en accord avec soi. C’est déjà pas mal.

Découvrez l’univers de Patrick Roger dans ses boutiques à Paris, Saint-Germain-en-Laye, Sceaux et Bruxelles : toutes les adresses sont disponibles sur son site : www.patrickroger.com

 

© Photos : Luc Monnet-Patrick Roger

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