Le changement climatique modifie les interactions entre les espèces

Une étude menée par le CNRS et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) vient de montrer que les oiseaux et les papillons répondent au changement climatique avec du retard. Elle est publiée cette semaine dans la revue Nature Climate Change.

En 20 ans, les températures ont augmenté de 1°C en Europe. Résultat, la biodiversité doit elle aussi s’adapter à ces changements. Les oiseaux et les papillons ont migré vers le nord, mais pas assez pour être en phase avec le réchauffement.

La nature ordinaire en danger

« Les papillons ont « glissé » vers le Nord en accumulant un retard de près de 135 km sur les températures. Ce retard est encore plus grand pour les oiseaux, avec 212 km de décalage », révèle un communiqué de presse du MNHN. Mais plus grave encore est « la désynchronisation entre les oiseaux et leurs ressources, les papillons. De même, les papillons sont en décalage par rapport aux plantes qui se déplacent moins vite qu’eux » explique Vincent Devictor, le chercheur qui a coordonné l’étude.

Pour l’instant, les chercheurs ont observé une baisse des effectifs d’oiseaux et de papillons. « On n’a pas d’extinction », rassure Vincent Devictor. Avant d’ajouter que toutefois « les effectifs de milliers d’individus sont en danger ».

L’étude a porté sur 9 490 communautés d’oiseaux ordinaires (pies, merles, moineaux, etc.) et 2 130 communautés de papillons. Elle « illustre à quel point les changements climatiques réorganisent rapidement et profondément la composition de la faune en Europe. […] Ces décalages laissent présager de profonds changements dans les réseaux d’interactions entre espèces et entre groupes », s’alarme le MNHN dans son communiqué.

20 ans de recherches

Au total, 19 chercheurs européens, mais également des milliers de naturalistes bénévoles, ont passé plus d’un million et demi d’heures sur le terrain depuis plus de vingt ans pour compter papillons et oiseaux. En France, les données ont été obtenues grâce au Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC), observatoire de sciences participatives du programme Vigie-Nature coordonné par le Centre de Recherches par le Baguage des Populations d’Oiseaux (vigienature.mnhn.fr).

Vincent Devictor espère que des recherches seront menées dans d’autres pays afin de compléter et confirmer les résultats qui viennent d’être obtenus. Le milieu marin pourrait aussi être étudié. Enfin, Vincent Devictor aimerait « évaluer l’efficacité du réseau d’aires protégées ». Il s’agirait de comparer les effets du réchauffement climatique dans les aires protégées et celles qui ne le sont pas.

 

Références de la publication

Devictor, V. van Swaay, C. Brereton, T. Brotons, L. Chamberlain, D. Heliölä, J. Herrando, S. Julliard, R. Kuussaari, M. Lindström, Å. Reif , J. Roy, D.B. Schweiger, O. Settele, J. Stefanescu, C. Van Strien, A. Van Turnhout, C. Vermouzek, Z. DeVries, M.W.  Wynhoff, I. Jiguet, F. (sous presse) Differences in the climatic debts of birds and butterflies at a continental scale. Nature Climate Change. 8 janvier 2012.

 

En savoir plus sur le changement climatique

Lien vers un article très documenté de Climat Mundi, groupement d’experts en stratégie carbone.

www.climatmundi.fr/lng_FR_srub_34-dereglement-climatique.html

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