Le break en prison


POTAGER BIO À LA CENTRALE

Près de Toulouse, au Centre de détention de Muret, on peut cultiver son jardin potager à condition d’être un détenu exemplaire. La liste d’attente est longue. Des parcelles de 20 mètres carrés ont été aménagées et les prisonniers sélectionnés font pousser ce qu’ils veulent « dans la limite de la légalité », des produits bio qu’ils peuvent ensuite cuisiner et échanger avec leurs voisins. Des ateliers sur l’horticulture et les bonsaïs ont aussi été organisés. Comme le dit un détenu-jardinier, « m’occuper de mon potager, ça me calme et en plus, c’est bon à manger.» Ça apaise, tout en préparant une réinsertion réussie.

Des initiatives du même genre ont été prises à Toul, près de Nancy : une dizaine de détenus, âgés de 60 ans voire plus de 70, cultivent fruits et légumes qu’ils partagent ensuite. Et dans la prison pour femmes de Joux-la-Ville, des détenues jardinent et se forment à un CAP « production florale et jardinière » qu’elles pourront exploiter à leur sortie. A Genève, les prisonniers du centre de détention de Villars pratiquent le jardinage thérapeutique dans un esprit de développement durable. C’est un classique en Suisse: depuis le XVIIIe siècle, des prisonniers peuvent bénéficier d’un lopin de terre cultivable! Ailleurs aussi : Alexis de Tocqueville notait en 1845 que « les parias de l’île de Norfolk avaient droit à leur carré de terre en cas de bonne conduite ».

CHEVAUX ET CHIENS MÉDIATEURS : L’APPEL AU CALME

Faire appel aux animaux domestiques dans les prisons ? Une bonne idée qui donne des résultats depuis longtemps … aux Etats-Unis mais encore peu répandue en France sinon à Fleury-Mérogis et à Strasbourg. Le principe : permettre à des détenus d’approcher et de soigner un cheval ou de s’occuper d’un chien, d’un chat et même d’un oiseau, recréant ainsi un lien affectif depuis longtemps oublié. En Pologne, des détenus de la prison d’Hajnowka peuvent ainsi s’occuper de chiens abandonnés dans un refuge de la ville. En fin de peine, ils travaillaient à des aménagements dans le refuge et se sont vite intéressés aux animaux eux-mêmes, nouant une relation qu’ils n’imaginaient même pas. L’expérience a donné l’idée à l’administration pénitentiaire de lancer le programme « un chien dans la cellule» qui se met en place peu à peu dans tout le pays. L’intérêt est clair: le détenu trouve un compagnon qui ne porte pas de jugement sur lui, retrouve ses émotions et l’estime de soi-même. Quant à l’administration, elle découvre des détenus moins agressifs, plus sociables. Moins de violence, moins de recours aux médicaments aussi : la détention est mieux supportée et le climat social de la prison s’en trouve amélioré, tout comme les chances de réinsertion, ainsi que cela a été constaté en Grande-Bretagne où l’on travaille beaucoup avec les oiseaux. C’est une religieuse dominicaine, sœur Pauline Quinn, qui a lancé en 1981 le premier programme pour chiens dans une prison pour femmes de Seattle puis en Californie. « Je priais, disait-elle, pour que les détenues changent de vie en donnant quelque chose aux autres. » Sa prière a été entendue : on compte aujourd’hui 700 programmes de médiation animale dans les prisons des Etats-Unis.