Le break en prison


crédit photo Christophe BesseComment préparer les prisonniers à se réinsérer dans la vie civile ? Devant l’échec des méthodes classiques, une série d’initiatives originales montre que la prison peut les aider à supporter l’enfermement et les préparer à une nouvelle vie. A lire dans Néoplanète n°37.

Par Yves Leers avec Julie Hamaïde

L’administration pénitentiaire change. Elle accepte aujourd’hui que des détenus puissent s’évader (un temps) grâce à la musique, au jardinage, la vidéo, l’écriture … Le résultat est parfois impressionnant comme en Italie, à la prison de Rebibbia, où des condamnés à perpétuité du QHS jouent un «Jules César» de Shakespeare plus vrai que nature. Filmés par les frères Taviani, cela donne un Ours d’or au festival de Berlin! Quant aux Anglais, ils osent une opération inédite : après avoir lancé l’unité de production de gâteaux « la Boulangerie des mauvais Garçons », le chef Gordon Ramsay va proposer aux détenus de la prison de Brixton de travailler au restaurant The Regency Roundhouse comme cuisiniers et serveurs. Seule condition : les clients devront accepter un contrôle de sécurité avant de se mettre à table. Un avant-goût de la prison de demain ?

Trois exemples parmi d’autres…


LA STAR ACADEMY DES PRISONS À LUYNES

©Shtar AcademyDerrière les barreaux pour trafic de stupéfiants ou cambriolages, des prisonniers s’aèrent la tête en musique. Grâce à un ancien détenu et son association Fu-Jo, ils ont réalisé un album en prison, et pas des moindres, puisqu’il regroupe les plus grands noms du rap français. Dans la cour de la maison d’arrêt de Luynes (Bouches-du-Rhône), une scène a été montée. Nous sommes le 3 juin. Sur les planches, pour la première fois, on écoute un groupe de détenus tous issus de la « Shtar Academy », une Star Academy dont les participants ne rentrent pas au «château» le soir.

L’aventure a commencé il y a près d’un an, lorsque Mouloud Mansouri, un ex-détenu « sauvé par la musique », s’est donné le pari fou d’organiser un concert au sein du milieu carcéral. 200 prisonniers se sont inscrits à des ateliers de musique et d’écriture, auxquels de nombreux artistes du rap français ont collaboré. « Le but n’était pas de venir voir les artistes, ni de s’amuser. Petit à petit, ceux qui ne faisaient rien ont été virés. A l’atelier, personne ne bouge l’oreille. Ils sont là pour être assidus, respecter les artistes et ne pas faire de vague », explique Mouloud à Néoplanète en connaisseur du milieu carcéral où il a passé dix ans. Après six mois d’apprentissage, un va-et-vient d’artistes et de producteurs s’amorce, afin d’enregistrer, ensemble et sur place, un album complet*. « L’enregistrement a été très artisanal, mais à la sortie, nous avons eu la chance de mixer avec de très bons studios. »

« Il n’y a pas de jalousies entre détenus, se félicite Mouloud Mansouri. Dehors, les réactions ont été plutôt positives. Le projet de la prison, à l’origine, est bien de rendre les gens meilleurs. Avec ces actions culturelles, nous sortons les détenus de leur quotidien ; à traîner ensemble, parler braquage, trafics… ». Les artistes présents sur l’album n’ont pas touché de rémunération. Les droits d’auteurs sont là pour ça. Quant aux détenus, ils font leur peine avec l’espoir d’un avenir meilleur, peut-être dans la musique. « Nous leur avons ouvert des comptes bancaires. Ils espèrent tous que nous allons les manager à la sortie ».

(*) Sortie de « Shtar Academy », début 2014

A lire page 2 : potager bio à la centrale et chevaux et chiens médiateurs, l’appel au calme

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