Le bio se met au parfum

Plus sains que les élixirs conventionnels, de plus en plus raffinés, les parfums bio vont fleurir cette année sous le sapin de Noël. Pour différentes et bonnes raisons.Extrait du numéro 17 de NEOPLANETE.

Meilleurs pour notre santé
Jetez un coup d’œil sur vos flacons : la composition des parfums classiques n’est jamais affichée en détail. Secret de fabrication oblige, dit-on officiellement. La liste INCI (Institut des neurosciences cellulaires et intégratives) se limite ainsi généralement : alcool, parfum et allergènes. Peu de consommateurs savent donc qu’afin d’assurer la fixation et la tenue du parfum, les industriels ajoutent des substances hautement suspectes pour la santé et l’environnement. Sur le podium de ces ingrédients et dans le collimateur des associations : les phtalates, les muscs synthétiques et les éthoxylates d’alkylphénol. Irritants pour la peau, polluants, certains sont même suspectés de perturber le système hormonal, d’être cancérigènes ou neurotoxiques. Rien de cela dans les parfums bio qui ne piochent que dans une palette d’ingrédients naturels.

Respectueux de la planète
Prenons un exemple concret : la marque de parfum naturel Sharini lancée il y a cinq ans par Nicolas Jennings, un Anglais installé dans l’Hérault. Soucieux de l’environnement, ce parfumeur a renoncé au « bois de santal d’Inde en raison des problèmes de déforestation, au profit de celui d’Australie certifié bio ». Il a adopté des emballages en papier recyclé, ou plus récemment en osier. Pour remplacer le musc animal, interdit en cosmétique naturelle, il utilise une huile essentielle de grains d’hibiscus certifiée bio.

De plus en plus variés
La première eau de toilette bio a été créée en 1991 par la marque Florame, mais cela fait moins de cinq ans que le catalogue des parfums bio commence à s’étoffer. Plusieurs marques ont investi le marché : Honoré des Prés, Patyka, L’Artisan Parfumeur, Aesop, Kibio, Shantara, Melvita, L’Occitane, Aroma-Zone… « Au départ, il s’agissait plus d’huiles essentielles parfumées destinées aux consommateurs déjà convaincus par le bio peu regardants sur l’aspect sensoriel, estime Carole André, membre de l’Observatoire des cosmétiques. Cela a vraiment changé. Les parfums bio sont de plus en plus raffinés et s’adressent désormais au grand public. » Exit donc l’odeur de tisane ! On trouve maintenant des fragrances aussi diverses que la bergamote, le patchouli, le santal, la vanille, la rose, le jasmin ou encore le géranium.

Du sur mesure
Face aux parfums de masse sans âme, les ateliers se développent pour concocter des élixirs personnalisés. Les senteurs varient selon votre peau, vos goûts, vos couleurs préférées, vos émotions, vos états d’âme… La recette ? Un cocktail d’huiles essentielles, d’eaux florales ou encore de Fleurs de Bach. Ces ateliers sont aussi l’occasion de vous initier aux mystères du parfum et de découvrir des essences rares. Un passionnant voyage olfactif.Plus d’infos : www.artisanparfumeur.com, www.atelierboheme.fr, www.natureetdecouvertes.com

Pour toutes les bourses
Chez Aroma-Zone, les eaux de toilette sont vendues entre 19 et 22 euros les 50 ml. La marque Body Spa Lavera propose, elle, quatre eaux de toilette (orange, lait-miel, verveine-citron vert et rose) à 19,95 euros les 30 ml. Parmi les parfums haut de gamme, citons Shantara avec trois références bio, Shaman, Rêve étoilé et Isiris, comprises entre 58 et 74 euros les 50 ml. Ou encore la collection d’eaux de parfum biologiques, 100 % naturelles, d’Honoré des Prés baptisée We love New York : chaque flacon est vendu dans une cup à emporter à 76 euros les 50 ml. Les autres parfums de la marque, concoctés par le célèbre nez Olivia Giacobetti qui a notamment travaillé pour Guerlain et Shiseido, tournent autour de 96 euros les 100 ml. Un prix équivalent à ceux pratiqués dans les parfumeries par les marques de luxe. Le bio en plus ! Surtout qu’en conventionnel, les matières premières ne coûtent au fabricant qu’une poignée d’euros. L’essentiel du prix de vente couvre les coûts liés au marketing et aux campagnes publicitaires. À l’inverse, en bio, les ingrédients représentent l’essentiel du coût total du parfum.

Mais pas (encore) parfaits
D’abord, le choix reste plus restreint qu’en parfumerie conventionnelle. Pourquoi ? Les parfumeurs bio disposent d’une palette d’environ 300 odeurs naturelles, là où les nez conventionnels ont le choix entre plus de 4 000 molécules chimiques ! Les parfumeurs bio sont ainsi très dépendants de l’approvisionnement en matières premières. « Les aléas sont nombreux, explique Carole André. Ils peuvent être d’ordre politique, comme l’essence de galbanum difficilement importable d’Iran, ou climatique. À cause de la sécheresse en Chine, le prix du géranium est passé de 50 euros le kilo à 200 euros en un an. » Autre bémol : la tenue des parfums bio qui doivent être formulés sans stabilisateur, ni exhausteur. Ils sont donc forcément un peu plus volatils, même si leur tenue ne cesse de s’améliorer. Notez enfin que les parfums bio ne sont pas une garantie contre les allergies pour les peaux sensibles. Les huiles essentielles qu’ils contiennent peuvent en effet s’avérer allergènes.

« Parfum de scandale » de Greenpeace

Dès 2005, l’ONG Greenpeace a sorti une enquête sur la composition chimique de 36 eaux de toilette et eaux de parfum de marques parfois prestigieuses. Résultat ? Toutes contiennent des phtalates et des muscs de synthèse. En bref, les parfums classiques nous exposent à des substances chimiques, dont certaines sont des contaminants reconnus du sang et du lait maternel.

Ces résultats plaident en faveur d’une législation qui exige le remplacement des substances dangereuses par des alternatives plus sûres. C’est ce que devrait permettre « Reach », un règlement de la Commission européenne destiné à recenser l’ensemble des molécules chimiques produites ou importées par les pays membres de l’Union.

À télécharger sur : www.greenpeace.org/france/presse/dossiers-documents/parfum-de-scandale


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