Le billet d’humeur de Nicolas Trub : « José buvette »

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Si vous pensez que cette histoire je l’ai inventée, demandez à Pierre, c’est lui qui conduisait. Sous la chaleur climatisée de ce mois de juin, nous quittions Montpellier pour arriver à Rodez pas trop tard après 14h. Le monospace s’appelait EVASION. Ainsi nous parcourions la France à la recherche, à la poursuite de nouveaux clients pour nos créations respectives. MILLAU 30 indiquait la pancarte. On sort de l’autoroute en cours d’achèvement. « Le viaduc sera bientôt fini » annonce fièrement la pancarte du conseil général. Et là, je réalise que nous allons passer par Millau. Mon sang ne fait qu’un demi-tour. « Le macdo à José ! On va passer devant le macdo à José !». Je rappelle brièvement l’histoire  à mon frère d’armes : en 99, José Bové et ses amis dézinguent le chantier du macdo de Millau, pour protester. Et, dans la foule, je le convainc d’aller se taper un XXL au macdo à José. Photos a l’appui. Minable. Énorme. Pile le genre de fixette obsessionnelle que j’invente à tour de bras pour rendre la vie un peu moins insupportable.

Arrivés au voisinage du MD – impossible de le rater, le bord de route est maculé de messages avant coureurs – vla t’y pas que je constate une buvette adjacente, entièrement construite à la main, en véritable bois de chantier, au nom provocateur « La vraie Frite ». Mon sang refait un demi-tour. « J’ai mieux, on va niquer macdo, on va aller dans la buvette à la française. Et comme la buvette n’a pas les moyens de se payer un parking, on va garer la caisse chez Macdo avant manger des vraies frites, mais en face.  Hmmm… »

Docile car amusé, mon acolyte marche. D’ailleurs il a faim. Il se gare. Je bondis. Et là, c’est le drame. Dans une paillote glauque enfumée et mouchetée, un vrai manche met vingt-cinq minutes à nous confectionner un infect sandwich au jambon, ou plutôt au janmauvais. CB en panne, pas de beurre ni de fromage. Frites mal décongelées. Rupture de roquefort au plein cœur de la France. On croit rêver. On cauchemarde.

Je sors vert de rage : nous sommes précisément sur la sanglante ligne de front entre la worldbouffe et l’artisanat alimentaire. Mais le colonel est parti aux putes, les lieutenants partis chercher leur solde. Et les soldats, écœurés, ont quasiment déposé les armes.

Depuis le Viaduc s’est construit. Et le potentiel village gaulois du repas sur le pouce hexagonal n’est plus sur la route obligée entre Montpellier et Rodez. Et pendant ce temps, les alters se désaltèrent de mots.

A quoi servent les altermondialistes quand ils ne savent même pas faire cuire des frites ? Ni proposer d’autres mondes ?

Découvrez Nicolas Trub : Lisez notre article !

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