Enquête sur le lait :

Le bien-être animal garanti que dans les produits bio ?

La conclusion de notre première approche sur la filière laitière française est écrasante : la vie des animaux élevés pour produire du lait semble bien loin du logo de La Vache Qui Rit. Alors peut-on concilier gourmandise des fromages et souci du bien-être animal ? Le label bio fleurit sur les étales et nous laisse imaginer de bonnes conditions d’élevage pour les animaux. Qu’en est-il réellement ?

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Avant d’être un label, l’agriculture biologique est un concept qui prône une vision de l’agriculture respectueuse de l’environnement et des êtres vivants. Le greenwashing y est pour beaucoup : ce label nous fait miroiter une vision d’animaux heureux, gambadant dans les champs le sourire aux babines. Certes, son encadrement empêche certains abus mais le bien-être animal est une vision très relative…

Le label bio des produits laitiers, c’est quoi ?

Le bio possède une « charte » des bons comportements à adopter pour le bien-être animal. Alimentation, cadre de vie, soins, hygiène… Cela permet aux éleveurs d’avoir un repère sur lequel se baser :

  • Santé : la priorité est donnée aux médecines douces ;

  • Nourriture : l’alimentation doit être riche en fourrages avec un minimum de 60% d’apports chaque jour ;

  • Espace : la paille est obligatoire à l’intérieur des bâtiments avec une surface minimum pour chaque animal à respecter afin qu’il bouge librement ;

  • Cadre de vie : accès au pâturage obligatoire ;

  • Veaux : ils sont élevés au lait naturel les premiers mois ;

  • Etc…

Toutes ces obligations semblent aller de soi pour un « bon traitement » des animaux et donc une bonne exploitation du troupeau. En réalité, de nombreux éleveurs traditionnels de vaches laitières en France respectent déjà ces « contraintes » et heureusement, puisque seulement 1,9% de la collecte nationale de lait est issue de l’agriculture biologique.

Certains agriculteurs proposent encore plus, comme ces éleveurs qui font tout pour préserver des races de vaches et de chèvres ‘en voie de disparition’ à cause de leur trop faible production de lait par rapport aux standards de production actuels, en particulier avec la vache Prim’Holstein. Ainsi, grâce à la volonté d’éleveurs bretons par exemple, la race bovine des Froments qui ne comptait plus qu’une quarantaine de spécimens dans les années 80 prospère encore aujourd’hui dans les plaines des Côtes-d’Armor.

Le Trophée des Vaches d’or 

Difficile de se repérer dans les supermarchés : entre les marques qui jouent sur l’emballage pour prétendre être bio et tous les autres produits qui ne mentionnent rien, comment faire son choix ?

Le CIWF est une ONG internationale qui se bat depuis la fin des années 60 pour placer le bien-être animal au cœur de l’industrie agroalimentaire. En 2011, elle lance le Trophée des Vaches d’Or afin de récompenser les entreprises qui s’engagent à utiliser du lait ou des produits laitiers issus d’élevages plus respectueux du bien-être des vaches laitières et de leurs veaux. Elle aide ainsi le consommateur à se repérer à travers les marques.

La marque bio ‘Les 2 Vaches’ a ainsi obtenu le Trophée ‘Bien-être animal’ du CIWF en 2011. Une marque appartenant au groupe Danone qui n’hésite pas à développer d’autres pratiques moins scrupuleuses -comme avec cette ferme des 37 000 vaches en plein désert d’Arabie Saoudite¹– pour ses autres marques non bio (Activia, Gervais, Danette, Actimel…) : donc en achetant des yaourts ‘Les 2 Vaches’ plutôt que des Danette, vous agissez directement sur les pouvoirs de ce géant de l’agroalimentaire.

La chaîne de magasins Monoprix a également reçu ce Trophée pour son lait en 2014, grâce à son « engagement à fournir un lait respectueux du bien-être animal ». Nous pouvons aussi citer la marque anglaise de fromages Philadelphia, qui a reçu le prix en 2013.

Supermarché français, ©French Moments
Supermarché français, ©French Moments

Ne vous perdez plus au rayon « fromages » des supermarchés

Au rythme effréné de notre société, il est difficile de penser pouvoir concilier un réel bien-être animal et la consommation de produits laitiers. Pour y parvenir, une habitude est donc à adopter : consommer le moins possible les fromages du supermarché et préférer les fromages artisanaux !

Ces fromages se cachent le plus souvent chez les fromagers-crémiers. Ils sont 3 200 en France, avec 23% d’entre eux qui sillonnent les marchés. En plus de pouvoir vous certifier un produit respectueux du bien-être animal, ces passionnés de fromages sont de très bons conseillers gustatifs ! Et pour les chanceux vivant à la campagne, pourquoi ne pas vous rendre directement chez les éleveurs qui produisent eux-mêmes leurs fromages et ainsi constater la qualité de vie des animaux ?

Finalement, même si le business de l’agroalimentaire dépasse l’entendement, rien n’est encore perdu. C’est même certainement en ce moment que tout se joue ! Alors dans notre prochain article, nous vous ferons découvrir des éleveurs qui vous donneront sans doutes des envies de gambader le sourire aux lèvres.


¹ Source : Les Cartels du lait, Elsa Casalegno et Karl Laské

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Passionnée par le cinéma documentaire et l'environnement, Alexandra a choisi le journalisme par vocation. En grande optimiste et végétarienne convaincue, elle espère un avenir meilleur pour le monde. Chaque petite voix compte... la sienne aidera peut-être à améliorer les choses en donnant les informations nécessaires à la réflexion !