L’attaque des moustiques transgéniques

Capture d'écran 2014-06-20 14.49.33___Non, ce n’est pas le dernier film d’animation Warner. Cela se passe au Brésil, en marge du Mondial de football. Afin de lutter contre la dengue, une maladie tropicale pouvant causer la mort, la Commission technique nationale de biosécurité (CTNBio) a dit oui le 10 avril à la demande déposée en juillet 2013 par la société Oxitec (liée à la multinationale Syngenta) de dissémination de leurs moustiques Aedes aegypti génétiquement modifiés. Il s’agira du premier OGM animal diffusé à grande échelle dans l’environnement. Comme pour accentuer le côté science-fiction, un nom de code lui a été donné : OX513A.

Pour être effective, cette autorisation doit néanmoins encore être validée par l’Agence nationale de surveillance sanitaire. Ce qui est généralement automatique. Il sera ensuite possible de relâcher à volonté des millions de ces moustiques mâles transgéniques, dont la spécificité est d’être dépendant à un antibiotique (la téracycline) pour leur survie. Des mâles car ceux-ci ne peuvent pas piquer, l’objectif n’étant a priori pas non plus d’amplifier l’épidémie. Il faut faire en sorte qu’il y ait largement plus de mâles transgéniques que de normaux (ou « sauvages », dans le langage scientifique). Submergée par ces nouveaux venus, la population sauvage déclinera de fait rapidement. Sa descendance se retrouvera en effet majoritairement porteuse du gène de dépendance. Ces individus dépérissant rapidement, la population de moustiques se verra réduite au minimum et l’épidémie de dengue endiguée. Voilà pour la théorie.

Capture d'écran 2014-06-20 14.59.29___Des tests ont été réalisés dans des champs par Oxitec en 2010 en Malaisie (6000 moustiques lâchés), dans les îles Caïmans (3 millions) et au Brésil. D’après ces essais, dont les résultats n’ont pas été publiés, l’entreprise estime que sa créature pourrait faire chuter la population d’Aedes aegypti de 80 %. Outre que cela en laisserait toujours 20%, il faut souligner que l’on ne parle ici que d’une seule espèce de moustique. Hors, la disparition progressive d’Aedes aegypti, loin de marquer la fin du problème, laisserait le champ libre à Aedes Albopictus, le « moustique tigre », porteur lui de la dengue et du chikungunya. On peut ainsi fortement douter de l’efficacité de cette nouvelle solution à moyen et long terme. Ceci sans compter qu’aucune étude évaluant les conséquences de cette dispersion massive n’a été réalisée. Elle pourra être menée prochainement en grandeur nature lorsque les nuées de moustiques GM déferleront sur le pays… Le temps jugera donc cette décision prise, comme cela devient coutumier, sans consultation préalable de la population.
1337216652A côté de cet insecte de laboratoire ou de la pulvérisation massive de pesticides, il existe d’autres méthodes de lutte contre les moustiques et la dengue comme l’élimination des eaux stagnantes et la stérilisation par irradiation. Les ressources investies dans l’option d’Oxitec/Syngenta feront naturellement défaut à la mise en place des autres. Mais dès que l’on arrête de déverser des flux de moustiques OGM, la population sauvage se reconstitue. Il va ainsi falloir se fournir régulièrement auprès du producteur. Comme à l’accoutumée, et toujours derrière un apport plus que douteux au progrès de l’humanité, OGM va donc rimer avec gros sous et dépendance des usagers. That’s all folks !

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A l'issue de sa prépa bio au Lycée Chaptal, à Paris, Arnaud intègre l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse (ENSAT). Avant de rejoindre Néoplanète, il a fait ses premières armes de journaliste à Ça m’intéresse et Science&Vie Junior.